jan 07

L’année 2010 est morte, cinquante années après que New York ait accueilli son tout nouveau jeune président John Fitzgerald Kennedy et que la visite De Gaulle en Algérie eut été l’occasion de vives manifestations nationalistes à Alger, Oran et dans de nombreuses autres villes, prodromes de l’inexorable marche de l’Algérie vers l’indépendance. Récapitulant les actualités, la télévision française sera contrainte pour la première fois d’y faire brièvement référence préférant cependant s’appesantir sur les explosions nucléaires de Reggane.
La nouvelle année est celle du lapin blanc. Contrairement à ce que nous laisse croire Lewis Caroll, le lapin blanc n’est pas un animal blanc et doux comme son nom le laisse supposer. Selon l’Astrologue Russe Vladimir Pogoudine, « c’est une créature assez sévère, et si nous regardons les précédentes années du lapin, nous verrons qu’elles ont marqué le début de la seconde guerre mondiale, la perestroïka, les attentats terribles en Russie en 1999. Pratiquement aucune de ces années n’a été calme ». D’ailleurs il y a cinquante ans la rupture des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et Cuba, dès le début de l’année, relance la guerre froide et le 17 janvier Patrice Lumumba, élu démocratiquement premier ministre du Congo Belge, est assassiné sur l’ordre et avec la complicité des services secrets occidentaux.
La Tribune, Le Figaro, Les Echos commentent complaisamment le fait qu’au premier Janvier 2011 ce sont 90% des universités françaises qui seront devenues autonomes. Le Monde et Libération sont plus circonspects. En réalité, Lire la suite »
déc 13

Lors du discours d’investiture du gouvernement de combat, le bourgeois de la Sarthe s’est vanté d’être celui qui avait réussi de nombreuses réformes, notamment celles des retraites et celle de l’université. Regardons-y de plus près.
Fillon s’était en effet attaqué aux retraites dès 2003. Il avait réussi, avec l’aide de la CFDT, à faire passer une première réforme dont tout le monde pensait qu’elle serait insuffisante et qu’il faudrait y revenir. Une tentative d’amélioration de la gouvernance des universités avait fait les frais de l’opération. Je me souviens qu’Alain Juppé, alors patron de l’UMP, invité à un dîner des présidents des universités parisiennes avait, à l’époque, indiqué que le gouvernement reculerait sur tout sauf sur les retraites. En réalité, il n’a pas pu reculer sur la réforme LMD lancée par la gauche parce que ce sont les présidents d’université qui ont imposé son application. L’histoire bégaye puisque le financement des retraites selon la loi qui vient d’être adoptée devra être immanquablement revu dès 2014 ! La patate chaude est donc refilée aux suivants.
Examinons maintenant la réforme des universités. Loin de moi de minimiser l’importance de la Loi d’août 2007, mais force est de constater qu’elle n’est pas arrivée sur un terrain en jachère. Depuis près de dix ans, imperceptiblement, les universités, en particulier celles possédant de fortes composantes scientifiques et médicales où la recherche primait, avaient commencé à modifier leur organisation. La réforme majeure s’était faite à bas bruit par une série d’étapes, ce fut d’abord la multiplication des laboratoires mixtes avec le CNRS, puis l’INSERM et l’INRA, ensuite la contractualisation des universités, enfin son phasage lors de leur renouvellement avec la détermination du financement récurrent des laboratoires mixtes de recherche. Seules les universités de sciences humaines, sociales et juridiques étaient en retrait châtrées qu’elles étaient par les Instituts de Sciences Politiques et l’EHESS qui faisaient main basse sur la recherche en accord avec le CNRS.
Beaucoup de présidents d’université avaient montré que pour aller de l’avant une meilleure organisation de la gouvernance de leurs établissements était indispensable. Pour eux, elle passait par une réorganisation des pouvoirs au sein de l’université visant à assurer la continuité des politiques universitaires sous la houlette des présidents et une remise à plat du rôle des UFR, laquelle passait par la diminution drastique de leur nombre. La noblesse d’Etat voyait d’un mauvais œil cette évolution, Lire la suite »
nov 09

« Devenir médecin : une affaire d’argent. » selon la dernière livraison du Nouvel Observateur[1]. Quelle belle découverte ! Cette dérive est devenue patente depuis une dizaine d’années. Fraichement élu président de l’UPMC, début 2001, j’avais alerté de cette situation Jack Lang, alors ministre de l’éducation. Mon courrier était resté sans réponse. Dans mon article du 23 décembre 2008, j’avais interpellé à ce sujet Valérie Pécresse et publié les tarifs des officines privées de la région Parisienne (de 6 000 à 8 000 €). Nous savions déjà que l’immense majorité des étudiants inscrits en première année de médecine les fréquentaient. J’avais des témoignages précis de familles très modestes qui s’endettaient pour cela. J’avais à également signalé à la ministre cette situation et proposé une réforme audacieuse en s’appuyant sur la toute nouvelle autonomie des universités. Ce courrier est lui aussi resté sans réponse.
Le président de l’université Paris Descartes, première université médicale française, dénonce le concours d’entrée en médecine dans le même numéro : « ce concours placé en fin de première année de médecine est un désastre pédagogique […] il a été proposé de repousser de deux ans la sélection et d’organiser les trois premières années sous forme d’une licence beaucoup plus généraliste[2] […] Mais les lobbys professionnels ont fait barrage. Pourtant il faudrait en finir avec le régime d’exception des études médicales. » Cette déclaration est une bonne nouvelle mais elle vient un peu tard. Si je ne m’abuse, Axel Kahn, qui est l’un des animateurs de la conférence des présidents d’universités, ne s’est pas manifesté l’année dernière lorsque je dénonçais dans mon article Un cautère sur une jambe de bois les insuffisances et les incohérences de la nouvelle organisation de la première année des études en santé qui vient d’entrer en application.
Très justement, Axel Kahn dénonce un concours « organisé comme celui d’une classe préparatoire et qui prête le flanc aux mêmes critiques ». En ce sens il rejoint le combat inlassable que je mène contre les classes préparatoires et le Nouvel Observateur serait bien inspiré de réaliser aussi une enquête sur ce système qui alimente également de nombreuses officines privées fort lucratives et dont j’ai dernièrement dénoncé le caractère hautement ségrégatif. Mais sans doute ne le fera-t-il pas, pour ne pas perdre le lectorat de la caste des agrégés qui se repaît des « colles » et autres cours particuliers. Pourtant le mal est là : Lire la suite »
sept 30

Je participais à Rome à la 4ème édition de « UNICA student conference » lorsque Nicolas Sarkozy siffla à Saclay la fin de partie de l’autonomie universitaire[1]. Certes, il tenta de sauver la face en déclarant que « les décisions (…) ont été prises d’abord par les établissements déjà présents ou qui sont appelés à s’y installer ». Mais ce fut ensuite pour se comporter comme un pion de collège en les gourmandant : « l’effet campus n’est pas seulement scientifique. Il ne faut pas que chacun conserve ses propres services. Sur tous les grands campus du monde, les installations sont communes à tous. Je sais que les premiers projets d’aménagement tiennent compte de cela. Mais je connais mon pays. Je sais combien les vieux réflexes de repli sur soi y sont parfois tenaces : mon restaurant universitaire, ma cantine, mes logements pour mes étudiants. Ici, la communauté d’usage sera la règle, l’usage exclusif de l’exception. Je m’opposerai à tout ce qui serait un frein au mélange des étudiants, au mélange des personnels, et à tout ce qui ne favoriserait pas une mutualisation maximale de toutes les infrastructures sur le plateau de Saclay ». Nous voici ainsi revenu au temps du politburo. Mais de telles palinodies de la part de celui qui a transformé Neuilly en cocon pour riches ne trompent plus personne. Toutes les grandes universités au rang desquelles Sarkozy se targue de hisser une dizaine d’universités françaises ont la maîtrise de leurs outils de vie étudiante.
Emblématique de l’apathie universitaire qui étouffe Paris Sud, son président Guy Couarraze se réjouit que Nicolas Sarkozy « ait bien perçu l’engagement de Paris-Sud dans ce projet commun ». Le patron de Télécom Paris, ravi d’être vassalisé, se réjouit pour sa part du « scoop » délivré par Nicolas Sarkozy. Le PDG de polytechnique Xavier Michel quant à lui, se référant aux infrastructures partagées que Nicolas Sarkozy appelle de ses vœux, indique qu’il « n’a pas de problème de principe avec cela, il faut simplement que cela se fasse de façon pragmatique ». On verra bien ce que pragmatique signifie dans sa bouche, combien d’étudiants d’Orsay seront accueillis dans les logements de polytechnique et combien d’élèves polytechniciens accepterons, si tant est qu’on le leur propose, d’habiter au CROUS de Bures sur Yvette ! On souhaite bien du plaisir à la docte assemblée qui a signé l’accord de consortium, créant la fondation de coopération scientifique, entré en vigueur le 18 juillet mais qui va être de fait placé sous la coupe du conseil d’administration de l’Etablissement public du plateau de Saclay dont la liste des membres vient d’être rendue publique et au sein duquel aucun de leurs établissements ne sera représenté de droit. Voici donc comment sont traitées la seconde université française et la plus prestigieuse des grandes écoles !
En réalité Nicolas Sarkozy vient de mettre bas le masque. Lire la suite »
août 05

Décidément cette année est riche en commémorations. Pour le troisième anniversaire de la loi LRU, la CPU joue les vierges effarouchées face aux propositions de Valérie Pécresse sur les primes des présidents d’universités et l’expert Aghion enfonce des portes ouvertes .
La querelle déclenchée par le blogueur Dubois à propos des primes des présidents d’université fleure bon un certain populisme. Malgré l’estime que je lui porte pour ses tirs tous azimuts sur les incohérences de la mise en musique de la politique universitaire, je ne peux le suivre sur un terrain où il se trompe de cible. La manière dont la ministre traite le problème de la rémunération des fonctions de président d’université est inadéquate [¹] . Cette affaire est d’ailleurs encore plus mal gérée par la CPU (voir : 222 LC à V Pécresse.06.07.2010) . Certes, l’interventionnisme de la ministre qui s’érige en juge de paix de la manière de servir des présidents est une insulte à l’autonomie des universités et à leurs conseils d’administration, mais là ne réside pas le principal problème.
Les responsabilités des présidents sont importantes (d’ailleurs la procédure expéditive que vient de subir le président de l’université de Toulon, procédure qui n’a pas ému grand monde, montre bien la fragilité de leur statut ) et il n’y a rien de choquant à considérer qu’ils doivent être payés en conséquence. Par contre il y a quelque chose d’éminemment choquant que certains d’entre eux soient moins bien payés que le secrétaire général ou l’agent comptable de l’établissement qu’ils dirigent. Mais la plus grande anomalie réside dans le fait qu’ils ne soient pas payés pour les fonctions qu’ils occupent mais pour des fonctions qu’ils occupaient avant leur désignation comme président d’université. C’est ainsi, par exemple qu’un hospitalo-universitaire conserve ses émoluments hospitaliers alors que dans les grandes universités intensives en recherche, il ne peut plus en assumer les tâches correspondantes sauf à remplir imparfaitement ses fonctions à l’université. En outre Chacun voit bien que la charge de travail et les responsabilités afférentes ne sont pas les mêmes selon les universités.
Dès lors je milite pour que la fonction de président d’université, qui s’apparente plus à celle d’un PDG qu’à celle d’un président de conseil d’administration, soit rémunérée comme telle. Lire la suite »