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	<title>le blog de Gilbert Béréziat &#187; Carnets de voyage</title>
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		<title>Ces jours qui ont déshonoré la France</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Oct 2010 12:43:45 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Je rentre d’Alger ému par la découverte d’un pays que je connais peu. J’ai eu la chance, grâce à l’ami d’un collègue lyonnais, de visiter la Casbah, siège majeur de la bataille d’Alger, qui n’en finit pas de mourir. On feint de ne pas s’en souvenir, mais c’est dans la Casbah qu’était entassée la masse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/10/Alger1.bmp"><img class="aligncenter size-full wp-image-1635" title="Alger" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/10/Alger1.bmp" alt="" width="497" height="71" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre d’Alger ému par la découverte d’un pays que je connais peu. J’ai eu la chance, grâce à l’ami d’un collègue lyonnais, de visiter la Casbah, siège majeur de la <a href="http://www.dailymotion.com/video/xazd6l_la-bataille-dalger-documentaire_news ">bataille d’Alger</a>, qui n’en finit pas de mourir. On feint de ne pas s’en souvenir, mais c’est dans la Casbah qu’était entassée la masse de la population autochtone et que ce furent les extrémistes de l’Algérie française qui déclenchèrent les premiers la terreur dans la Casbah par le terrible attentat de la rue de Thèbes. De me promener sous les Sabbats de la Casbah et dans le dédale de ses ruelles, j’ai pu comprendre pourquoi il fut extrêmement difficile pour les militaires français d’y dénicher les combattants du FLN, et me faire expliquer leurs méthodes musclées utilisées pour remettre les souteneurs dans le chemin de la morale populaire. J’ai pu aussi contempler la magnifique baie d’Alger et  parcourir la rue puis la place Maurice Audin, glisser un œil dans le tunnel des facultés, apercevoir la villa Susini où <a href="http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/guerre-d-algerie/video/CAB00060093/torture-pendant-la-guerre-d-algerie-temoignage-des-victimes.fr.html ">le sale boulot</a> était effectué et la villa Andréa dans le quartier &nbsp;&raquo; El Biar &nbsp;&raquo; où des barbouzes gaullistes préparèrent les actions anti-OAS. La journée se termine en famille par la dégustation d’un merveilleux couscous. Mes hôtes m’expliquèrent en quoi la France décevait les intellectuels algériens restés pour la plupart, eux, résolument francophones, et comment ils considéraient qu’ayant réussi le rapt de la langue française, les soit-disant effets positifs de la colonisation et, récemment, le projet sarkozyste de Maison de l’histoire de France avaient visiblement du mal à passer.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/10/Alger.bmp"><img class="aligncenter size-full wp-image-1636" title="Alger" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/10/Alger.bmp" alt="" width="497" height="374" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le retour à Paris me replonge dans l’histoire, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=4sha2I5-QOo ">Montoire </a>le 24 octobre 1940. Pétain est au pouvoir depuis le 16 juin. Du dernier cabinet Raynaud, seuls De Gaulle, et à un moindre degré Mandel, Marin ou Dautry, voulaient poursuivre la lutte. En faisant appel à Pétain, le président Lebrun, polytechnicien de son état, prend acte lâchement de la défaite de la France puisque Pétain, vice-président du conseil des ministres depuis le 18 mai a très vite pris le leadership de ceux qui, refusant le repli du gouvernement en Afrique du nord, préconisent l’armistice. Il n’était pas question pour eux de faire dépendre en quoi que ce soit les destinées du pays des possessions coloniales car alors, c’eut été l’inéluctable reconnaissance du droit des autochtones à être des français à part entière. Partisan résolu de la fin du conflit avec l’Allemagne nazie comme pré-requis nécessaire à la rectification idéologique de la France, <span id="more-1634"></span>le 17 juin, lendemain de sa nomination comme dernier président du conseil de la 3ème République, <a href="http://www.dailymotion.com/video/x4m2vx_allocution-du-17-juin-1940-par-le-m_news ">Pétain annonce qu’il faut cesser les combats à l&#8217;instant</a>, accélérant de ce fait la débâcle et enfermant les français dans une nasse dont seule une poignée saura se dégager illico.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 16 juin on assiste à un renversement de tendance, on passe d’un cabinet où les radicaux socialistes et leurs alliés étaient majoritaires, à un gouvernement fortement marqué à droite auquel quelques radicaux et quelques socialistes servent d’alibis[1]. En réalité la bande à Pétain qui prend le pouvoir le 16 juin aspire à la défaite pour régler ses comptes avec le front populaire et la république des juifs, des instituteurs et des francs-maçons. Flanquée de Camille Chautemps qui lui confère l’onction radicale, elle est rapidement rejointe par Pierre Laval qui n’a de cesse de prendre sa revanche sur ceux qui l’on chassé du pouvoir en 1936 et qui avait raté son coup de deux voix trois mois avant. Quelques heures avant de démissionner, Reynaud a bel et bien dit à Weygand qu’il était prêt à lui signer un ordre de capitulation générale. Mais Weygand n’en voulait pas car il la considérait comme contraire à « <em>l’honneur de l’armée</em> ». En réalité, lui aussi voulait cesser le combat mais mouiller dans l’affaire le personnel politique. Très vite, la guerre terminée, les partisans de Vichy feront feu de tout bois pour démontrer à postériori que le transfert du gouvernement en Afrique du nord pour poursuivre le combat était impossible. Ils s’appuyèrent pour cela sur le fait que c’était la conviction du général Weygand et de l’amiral Darlan. Le premier, en réalité voyait Thorez revenir dans les fourgons hitlériens et pour lui l’urgence était d’assurer l’ordre après la défaite ; le second prétendait que la marine française (à l’époque encore l’une des toutes premières mondiales) était incapable de transférer les 100 000 soldats nécessaires pour tenir le choc face à une offensive Allemande !</p>
<p style="text-align: justify;">La querelle sémantique entre capitulation et armistice n’a plus lieu d’être car l’armistice imposé par Hitler <a href="http://www.youtube.com/watch?v=-aCmjRXqGuw ">le 22 juin 1940</a> fut en réalité pire qu’une capitulation puisqu’il s’accompagnait de la mise en place d’un gouvernement fantoche qui allait, du fait même des conditions de l’armistice lui être finalement tout dévoué.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès le vote infamant du 10 juillet, Pétain resserre son équipe. Exit Chautemps, qui, prudent, émigre aux Etats-Unis. Exit Frémicourt, ministre de la justice. Exit Pomaret, ministre du travail. Exit Rivaud, ministre de l’éducation, les nazis n’en veulent pas. Exit Rivière aux colonies. Exit Frossard. Et s’il conserve Marquet à l’intérieur, Weygand à la défense nationale et Lémery aux colonies, ce sera pour s’en séparer moins d’un mois plus tard. Le premier parce qu’il n’a plus besoin de l’onction radicale, le second parce qu’il est tiède  devant la collaboration et le dernier parce qu’il est martiniquais et qu’il convient de ne déplaire en quoi que ce soit à l’occupant. Pétain, prudent, s’entoure d’un cabinet civil à la tête duquel il place son principal collaborateur à l’ambassade de France à Madrid, Henry du Moulin de Labarthète. Ce dernier, idéologue de la droite catholique, membre influent de la conférence Olivaint[2], jouera un rôle d’autant plus important qu’il n’a pas une très bonne opinion des capacités de travail de Pétain. <a href="http://www.grasset.fr/Grasset/CtlPrincipal?controlerCode=CtlCatalogue&amp;requestCode=afficherArticle&amp;codeArticle=9782246770411&amp;ligneArticle=1">Il dit de lui à Roland de Margerie</a> le 29 avril 1945 : « <em>Je viens vous dire que mon chef, le maréchal Pétain, est au bout de son rouleau, et incapable d’assumer plus longtemps la direction de l’ambassade de France à Madrid. Il passe sa vie à somnoler, il ne peut se décider à entreprendre quoi que ce soit, il n’a vu le général Franco que deux fois, en tout et pour tout, depuis son arrivée, il ne se résout pas à entretenir les relations nécessaires avec le ministre des affaires étrangères, M. Serrano Suner. La France n’est plus représentée en Espagne, et il est urgent que cela change</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dès le début on assiste au glissement progressif vers l’ignominie, même si le groupe qui prend en charge les affaires de « <em>l’Etat Français </em>» ne constitue pas un bloc compact. Bien qu’il soit un vieillard fatigué, Pétain n’en garde pas moins toute sa tête et se méfie de l’inoxydable Laval que les Allemands ont exigé comme vice-président du conseil des ministres. Il installe à la justice son ami Alibert juriste, précédemment sous secrétaire d’Etat à la présidence du conseil, Bouthillier centralien, aux finances, Baudouin polytechnicien, aux affaires étrangères, Peyrouton, autre polytechnicien, remplace Marquet à l’intérieur, Ripert, également juriste, prend en charge l’Instruction publique, Darlan[3] secrétaire d’Etat à la marine a rang de ministre. Au travail Pétain installe un syndicaliste CGT anti-communiste de choc en la personne de Belin. Pour encadrer le « <em>bon </em>» maréchal, du Moulin de Labarthète constitue un solide cabinet civil où se succédèrent 25 personnes dont 18 sont des anciens de Sciences Po, deux normaliens et un ancien de l’école des Mines. Tous trempèrent peu ou prou dans la politique de collaboration qui allait mener à Montoire.</p>
<p style="text-align: justify;">La rencontre avec Hitler, c’est Pétain et non pas Laval qui l’avait sollicitée début juillet. Hitler l’a laissé mijoter dans son jus car, à côté d’alliés peu fiables comme Mussolini et Franco, il avait besoin qu’une France vassalisée tienne son flanc ouest et facilite éventuellement un accord avec l’Angleterre[4] où les germanophiles tenaient encore la dragée haute à Churchill. Le bassin d’extension de l’influence allemande a toujours été, et reste d’ailleurs, l’Est européen. Mais dans le cas d’Hitler l’union soviétique était l’adversaire principal, non seulement pour des raisons stratégiques mais aussi pour ce que représentait, à cette époque encore, la révolution d’Octobre. Des plans d’attaque de l’union soviétique sont donc préparés en grand secret début juillet. C’est dans ce contexte, et se portant dans son train blindé spécial à la rencontre Franco à Hendaye pour le faire patienter, que Montoire est choisi pour la rencontre avec Pétain. Dans un premier temps, Ribbentrop convoque Laval à Paris et, sans qu’il ait été prévenu à l’avance, le conduit à Montoire où il rencontre Hitler le 22 octobre. Celui-ci se fait cuisiner par le führer qui lui intime de lui amener Pétain. Toute honte bue, ce dernier se rendra à Montoire deux jours plus tard comme un animal docile.</p>
<p style="text-align: justify;">Depuis juillet, le petit cénacle vichyssois s’efforce d’aller devant des désirs supposés des allemands. Dès le soir de <a href="http://www.youtube.com/watch?v=Y0DPA312SDU ">Mers el-Kébir</a>, le 3 Juillet, Baudoin est en pointe pour prôner des mesures de rétorsion militaire et c’est Hitler qui temporise. La « <em>révolution nationale</em> » pour démontrer que l’on est prêt à « <em>nazifier </em>» <a href="http://archives.tsr.ch/player/histoire-petainsept ">sera lancée le 10 octobre</a>. C’est à l’initiative de la mafia française qu’un statut des juifs sera préparé « <em>aux petits oignons </em>» par Alibert. Il est prêt début octobre, mais ne sera publié que le 18 octobre sans doute dans l’espoir de quelques tractations avec Hitler où il pourrait servir. Il n’en fut rien car à cette heure, Hitler n’a que faire des juifs français. Les arrêtés d’application seront pris après Montoire ! A Montoire, c’est Pétain, en plein accord avec Laval, qui propose l’entrée en guerre pour la reconquête des colonies ralliées aux gaullistes. Il enfoncera d’ailleurs le clou le 30 octobre dans son désormais célèbre discours où il déclare s’engager résolument dans la collaboration  en maintenant explicitement son offre militaire par le biais de la défense de l’Empire. D’ailleurs dès cette époque, Vichy envoie l’amiral Platon, germanophile convaincu, sonner les cloches à Weygand qui a ralenti la préparation des opérations contre les zones gaullistes en Afrique pour favoriser, peut être, les manœuvres du professeur Rougier envoyé auprès de Churchill par le secrétaire général du quai d’Orsay François Charles Roux[5], le seul très haut fonctionnaire qui à cette époque tente encore de préserver de bonnes relations avec Londres. Le Montoire instrumentalisé par les Vichystes à la libération est une supercherie, car en réalité, si l’on se réfère aux documents existants, ni Pétain, ni Laval n’y ont dit un mot des prisonniers, de la ligne de démarcation ou de l’Alsace.</p>
<p style="text-align: justify;">Hitler ne répond pas aux sollicitations guerrières de Pétain car à ce moment là, il souhaite un accord avec l’Angleterre où, pour le moins, ne rien faire qui donne l’occasion aux Etats-Unis de voler à son secours. Les lendemains de Montoire sont difficiles. La ligne de démarcation reste difficilement perméable aux activités économiques, la mainmise sur l’économie française de renforce[6], seuls quelques individualités sont libérées de captivité et, provocation suprême, les plénipotentiaires allemands annoncent, le 3 novembre à la commission mixte de Wiesbaden, que 100 000 mosellans qui refusent de prendre la nationalité allemande seront expulsés vers la France via la gare de Novéant qui, par la suite, verra passer dans l’autre sens <a href="http://www.youtube.com/watch?v=GNAljJyYtZc">les convois de déportés</a>. Cette infamie sera achevée le 11 novembre sans doute pour célébrer l’armistice de 1918. L’allégeance à Hitler trouvera son acmé deux ans plus tard avec le retour de Laval et la mise en œuvre du <a href="http://www.youtube.com/watch?v=_2_O433NU20">Service de Travail Obligatoire</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux qui sauvèrent l’honneur de la France à l’été et l’automne 1940 n’étaient certes pas à Vichy. C’était les 121 sénans qui rejoignent <a href="http://www.youtube.com/watch?v=iR1IQftJz1Q ">Londres le 24 juin</a>. Edmond Michelet qui distribue le 19 juin des tracts dans les boîtes aux lettres de Brive dénonçant la capitulation et appelant à la Résistance. <a href="http://www.youtube.com/watch?v=x2gk0ZAp8ak ">Jean Moulin</a> qui refuse l’injonction des allemands d&#8217;accuser une troupe de tirailleurs sénégalais de l&#8217;Armée française d&#8217;avoir commis des atrocités envers des civils à La Taye. Charles Tillon, ouvrier ajusteur, en dépit des errements de la direction du parti communiste, qui appelle le 17 juin à la <a href="http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/CAF86015707/charles-tillon-exclu-du-pc.fr.html ">résistance contre l’hitlérisme</a>. Raymond Aron qui embarque à Saint-Jean-de-Luz pour l&#8217;Angleterre, le 23 juin. Le futur Colonel Rémy qui passe à Londres via Le Verdon entre le 18 et le 22 juin. Robert Masson, industriel, démobilisé à Alger lors de l’armistice qui revient en métropole pour entrer dans la résistance. Etienne Achevanne, ouvrier agricole, qui sectionne le 20 juin 1940 les lignes téléphoniques de la base aérienne de Boos, et sera fusillé le 4 juillet. Léonce Vieljeux maire de La Rochelle qui refuse le 23 juin de hisser un drapeau hitlérien sur l’hôtel de ville.  L’amiral Muselier qui rejoint De Gaulle le 30 juin. Paul Paillote qui, le 24 juin près d’Agen, dans la cour du Séminaire de Bon-Encontre, fait serment de poursuivre dans la clandestinité la lutte contre les services spéciaux ennemis. Le général Catroux, ex-gouverneur général de l’Indochine française, qui en juillet, salue De Gaulle, reconnaissant en lui le <a href="http://www.ina.fr/fictions-et-animations/fictions-historiques/video/AFE00002967/eboue-leclerc-catroux-montgomery.fr.html">chef politique de la résistance</a>. De Hauteclocque évadé le 17 juin, qui rejoint Londres le 25 juillet. Paul Rivet qui, dans une lettre ouverte au Maréchal Pétain, écrit le 14 juillet : «<em> Monsieur le Maréchal, le pays n&#8217;est pas avec vous, la France n&#8217;est plus avec vous </em>». Le 26 juillet, lors de la rentrée universitaire dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, ce sont les étudiants <a href="http://www.resistance-ftpf.net/pages/rizo.html">Christian Rizo</a> et Félix Kauer qui lancent des tracts reprenant « <em>l’appel du 10 juillet</em> » de Thorez et Duclos. Boris Vildé évadé début juillet, qui commence ses activités de résistance en compagnie d’intellectuels parisiens et de collègues du Musée de l’Homme. Paul Dungler industriel du textile rentré clandestinement à Thann en Alsace en août qui fonde le réseau Martial. <a href="http://videos.france5.fr/video/iLyROoaf8Io6.html ">D’Estienne d’Orves</a> polytechnicien qui décide, en août également, de rejoindre l&#8217;Angleterre. André Dewavrin, autre polytechnicien qui, à l’issue de la campagne de Norvège rembarque pour l&#8217;Angleterre <a href="http://www.youtube.com/watch?v=ajuAKRpWfqo ">le 1er juillet</a>. Et bien d’autres après Montoire, car dès lors les faits et gestes du premier gouvernement du régime de Vichy ne peuvent plus laisser aucun doute sur la politique de collaboration qui va se mettre en place. Et la farce du décembre qui voit Pétain arrêter Laval et Déat aboutit quelques semaines plus tard après l’épisode Flandrin à l’arrivée de Darlan qui poussera alors les feux de la collaboration militaire qui le conduira au Bergshof à Berchtesgaden. Il y autorise l&#8217;aviation allemande à se servir des <a href="http://www.youtube.com/watch?v=h13nzdFRBzk">aérodromes français en Syrie</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pétainisme qui s’illustra dans la collaboration sous Vichy, était-il un accident de l’histoire ? Évidemment non, et comme le remarque Gérard Miller dans <em>Le Monde</em>[7] : « <em>Ce n’est pas un hasard si la majorité des membres du gouvernement de Vichy occupèrent des postes sous la IIIème République et si des services entiers de l’Etat passèrent de la République à Vichy. Et la continuité sera tout aussi patente à la libération. Quand on lit les annuaires des grands corps de l’Etat de 1939 à 1946, on découvre que, pour l’essentiel, ces fonctionnaires sont restés à la même place </em>». Ils ne seront pas seuls puisque Pétain, à défaut de recevoir l’onction vaticanesque, recevra celle de la majorité des prélats français, pitoyable retour de <a href="http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/seconde-guerre-mondiale/video/AFE86002676/le-marechal-petain-a-paris.fr.html ">la politique du sabre et du goupillon</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Palaiseau le 22 octobre 2010</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">[1] <em>Gouvernement Pétain 16 juin au 15 juillet 1945 :<br />
Président du conseil des ministres Philippe Pétain Ministre d&#8217;État,<br />
Vice-président du Conseil des ministres : Camille Chautemps (juriste, radical, franc maçon, part pour Washington où il reste jusqu’en 1944)<br />
A partir du 23 juin Ministre d&#8217;État, vice-président du Conseil des ministres : Pierre Laval<br />
Ministre d&#8217;État : Adrien Marquet dentiste SFIO du 23 juin au 26 juin<br />
Garde des Sceaux, ministre de la Justice : Charles Frémicourt (magistrat)<br />
Ministre de la Défense nationale : général Maxime Weygand<br />
Ministre de la Guerre : général Louis Colson (polytechnicien)<br />
Ministre de la Marine marchande et militaire : amiral François Darlan (Navale)<br />
Ministre de l&#8217;Air : général Bertrand Pujo (St Cyr)<br />
Ministre des Affaires étrangères : Paul Baudouin (polytechnicien)<br />
Ministre de l&#8217;Intérieur : Charles Pomaret (juriste radical) remplacé par Adrien Marquet à partir du 26 juin où il devient ministre du travail.<br />
Ministre des Finances et du Commerce : Yves Bouthillier (centralien)<br />
Ministre des Colonies : Albert Rivière (SFIO commerçant)<br />
Ministre de l&#8217;Éducation nationale : Albert Rivaud (agrégé de philosophie)<br />
Ministre des Travaux Publics et de l&#8217;Information : Ludovic-Oscar Frossard (instituteur ex PCF passé à la SFIO)<br />
Ministre de l&#8217;Agriculture et du Ravitaillement : Albert Chichery (radical, commerçant puis industriel)<br />
Ministre du Travail et de la Santé publique : André Février ( postier SFIO)  jusqu’au 26 juin où il devient ministre des transmissions<br />
Ministre des Anciens combattants et de la Famille française : Jean Ybarnegaray (PSF, avocat)</em></p>
<p style="text-align: justify;">[2] <em>La conférence Olivaint (du nom d’une victime de la Commune de Paris) fut créée en 1874 par la compagnie de Jésus. Dès ses débuts, l’un de ses objectifs consistait à former une élite catholique apte à prendre en main les destinées du pays. De fortement conservatrice voire même réactionnaire, la conférence mise en sommeil à la libération, fut réorganisée en 1947 et donna bon nombre de cadres au MRP de l’après guerre.</em></p>
<p style="text-align: justify;">[3] <em>« </em>L’amiral qui n’a jamais vu la mer<em> » est issu du radicalisme.</em></p>
<p style="text-align: justify;">[4] <em>Et de ce point de vue, la neutralisation de la marine et le maintien des colonies françaises étaient d’une très grande importance.</em></p>
<p style="text-align: justify;">[5]<em> François Charles-Roux avait succédé à Alexis Léger (Saint-John Perse) en mai 1940, il était le fils de Jules Charles-Roux entrepreneur, armateur et colonialiste éclairé et le père d’Edmonde Charles-Roux, résistante, écrivaine qui partagea la vie de Gaston Deferre.</em></p>
<p style="text-align: justify;">[6] <em>Vichy accepte de donner à Hitler des avoirs français en Roumanie, l’or Belge qui lui a été confié et accepte que les allemands prennent la direction de la banque de France, du contrôle des changes et du commerce extérieur. </em></p>
<p style="text-align: justify;">[7] <em>Vichy sert à occulter le pétainisme. La république peut engendrer le pire : </em>Le Monde<em> samedi 16 octobre 2010 page 21.</em></p>
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		<title>Loin des tartufferies parisiennes !</title>
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		<pubDate>Tue, 04 May 2010 09:56:35 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Loin des tartufferies parisiennes, je poursuis ma tournée de promotion de Sorbonne Universités et de l’UPMC en Asie du sud-est. A chaque étape je m’aperçois combien la promotion du système « à la française » est délétère pour notre recherche scientifique dans la plupart des disciplines. Alors que la France manque d’étudiants dans les sciences [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a href="http://www.flickr.com/photos/seanbarnard/1412169692/"><img class="aligncenter size-full wp-image-1262" title="Kuala Lumpur par Sean Barnard sur Flickr" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/05/Kuala-Lumpur.bmp" alt="Kuala Lumpur" width="497" height="71" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Loin des tartufferies parisiennes, je poursuis ma tournée de promotion de <a href="http://www.sorbonne-universites.fr/">Sorbonne Universités</a> et de l’<a href="http://www.upmc.fr/">UPMC</a> en Asie du sud-est. A chaque étape je m’aperçois combien la promotion du système « à la française » est délétère pour notre recherche scientifique dans la plupart des disciplines. Alors que la France manque d’étudiants dans les sciences et que cette contrée, à l’instar du « big brother » chinois ou de la ville État de Singapour, considère qu’il lui faut développer une recherche en sciences de qualité si elle veut avoir la moindre chance de compter dans l’avenir, les officines françaises bien formatées continuent à privilégier les « grandes école<em>s</em> » où la recherche est microscopique. Alors que lassés d’être rançonnés par les universités britanniques de second rang ou les universités australiennes, les états se tournent vers l’Europe et le dispositif mis en place par le MAE, étranglé par les restrictions budgétaires, n’a que de vieilles recettes à leur servir. A Bangkok, l’attaché de coopération scientifique qui nous reçoit est plein d’amertume. Il quitte son poste en septembre et ne sait pas où il atterrira en France. Quoi qu’il en dise, l’Asian Institute of technology a encore de beaux jours devant lui, même si la France a diminué fortement sa participation.</p>
<p style="text-align: justify;">A Djakarta je participe au début de la tournée organisée par l’ambassade pour le lancement d’un programme de bourses « sandwich » baptisé pompeusement séminaire des écoles doctorales. L’Indonésie offre 30 bourses de 18 mois. A l’évidence le niveau des laboratoires ne permettra que dans très peu de disciplines scientifiques de garantir une qualité permettant l’obtention d’une thèse. <span id="more-1260"></span>Mais le MAE qui a mis fin au programme des collèges doctoraux internationaux pour cause de restrictions budgétaires n’a rien à proposer pour compléter et il faudra, si elles le veulent et si elles souhaitent s’implanter dans ce pays de plus de 230 millions d’habitants que la poignée d’universités françaises de recherche intensive y mettent le complément afin que les étudiants restent plus longtemps en France. La fédération des universités toulousaines est en force, comme d’habitude, Montpellier s’appuie sur le CIRAD et l’IRD dont le représentant nous fera faux bond pour la visite de l’université de Bogor, les universités françaises passent après le ministère de la pêche ! Marseille propose la géologie <em>as usua</em>l et l’université de Poitiers se demande bien ce qu’elle est venue faire dans cette galère. Il faut dire que son président préside aussi la commission internationale de la CPU ! Les universités de la Sorbonne que je représente sont les seules universités parisiennes représentées au niveau convenable. Un second couteau descartien plein de morgue fait feu d’élitisme. Quoi qu’en dise l’attaché de coopération scientifique, et malgré l’optimisme de l’ambassadeur qui nous reçoit chaleureusement, la différence avec la Thaïlande est frappante tant le retard des universités indonésiennes est grand. Et ce n’est pas le programme master en place qui n’a drainé que des « écoles » à faible recherche ou des petites universités qui peut servir de base de lancement. Alors faut il abdiquer ? Non, il y a sûrement du potentiel, mais ce n’est pas avec ce type d’évènement que l’on pourra avancer.</p>
<p style="text-align: justify;">Je quitte les encombrements de Djakarta qui est au bord de l’embolie automobile pour la Fédération Malaise. Arrivé à Pennang tard dans la soirée, je passerai le jeudi au sein de « <a href="http://www.usm.my/my/">Université Sains Malaisia</a> » dont j’avais rencontré des représentants à Ryad lors d’un salon où l’UPMC était invitée. Cette université est au coude à coude avec l’université de la capitale, un signe qui ne trompe pas de sa vivacité. Nous sommes reçus en pleine session d’examen par la représentante de la faculté de médecine et le doyen de la faculté des sciences. Ils connaissent tout de nous car ils ont passé au crible le site web de l’université Pierre et Marie Curie et sont tombé via google sur la conférence que j’ai donnée à l’<a href="http://www.uc3m.es/portal/page/portal/inicio">université de Carlos 3</a> de Madrid la semaine précédente. Ils connaissent donc aussi <a href="http://www.sorbonne-universites.fr/">Sorbonne Universités</a>. Ville calme et accueillante qui tranche avec Djakarta, campus universitaire dans la ville comme on en rêve, logements étudiants ouverts aux étrangers. Faute de temps je ne pourrai pas visiter des laboratoires car je reprends l’avion en soirée. Kulua Lumpur où j’avais fait du stop il y a près de 20 ans est devenue maintenant une ville d’un urbanisme flamboyant qui rivalise avec Banglok et Hongkong. J’y suis reçu avec beaucoup de chaleur et de prévenance par le directeur du centre universitaire franco-malaisien et une voiture sera mise à ma disposition par l’ambassade. Après la cérémonie de signature d’un projet d’accord avec l’<a href="http://www.um.edu.my/">université Malaya</a>, j’ai une réunion de travail pour la présentation mutuelle des établissements et l’après midi je visite quelques laboratoires à la faculté des sciences, en particulier l’un qui est dédié aux sciences de la mer et un laboratoire extrêmement bien équipé à la faculté de médecine dédié aux recherches en physiopathologie ostéo-articulaire. Laboratoire à faire rougir l’orthopédie de la Pitié-Salpétrière.</p>
<p style="text-align: justify;">J’apprends à Kuala Lumpur, avec un peu de retard, la victoire de Toulouse sur Leinsteir et j’y passe un premier mai fort calme. Ici pas de démonstration.Visiblement la Malaisie commence à décoller en matière universitaire et recherche des partenariats européens pour s’extraire du modèle britannique. On peut y envoyer des étudiants en toute sécurité. Bonne pioche. Mais il me faut poursuivre et le 2 mai aux aurores je m’envole pour le Laos.</p>
<p style="text-align: justify;">Kuala Lumpur le 2 mai 2010.</p>
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		<title>Terrific but terrible</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Apr 2010 13:52:43 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Madrid]]></category>
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		<description><![CDATA[Jeudi 15 avril je m’embarque à Roissy à 9h35 pour Madrid où je suis invité par l’Alianza de las 4 Universidades (Universidad Autonoma de Madrid, Universidad Pompeu Fabra, Universidad Autonoma de Barcelona, Universidad Calos III de Madrid). Elle organisait une conférence intitulée « strategy for international excellence of European research universities ». Signe des temps, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a rel="attachment wp-att-1196" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2010/04/21/terrific-but-terrible/terrific-but-terrible-2/"><img class="aligncenter size-full wp-image-1196" title="Terrific but terrible" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/04/Terrific-but-terrible1.bmp" alt="Terrific but terrible" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Jeudi 15 avril je m’embarque à Roissy à 9h35 pour Madrid où je suis invité par l’Alianza de las 4 Universidades (<a href="http://www.uam.es/ss/Satellite/es/home">Universidad Autonoma de Madrid</a>, <a href="http://www.upf.edu/">Universidad Pompeu Fabra</a>, <a href="http://www.uab.es/">Universidad Autonoma de Barcelona</a>, <a href="http://www.uc3m.es/portal/page/portal/inicio">Universidad Calos III de Madrid</a>). Elle organisait <a href="http://www.uc3m.es/portal/page/portal/inicio/universidad/institucional/onedayrectorsconference">une conférence</a> intitulée « <em>strategy for international excellence of European research universities </em>».</p>
<p style="text-align: justify;">Signe des temps, deux universités françaises y étaient invitées, <a href="http://www.univ-tlse1.fr/jsp/fiche_accueil.jsp?CODE_RUBRIQUE=internet&amp;LANGUE=0">Toulouse 1 Capitole</a>, première université française en économie et <a href="http://www.upmc.fr/">Pierre et Marie Curie</a>, première université française en sciences et médecine. L’<a href="http://www.leidenuniv.nl/">université de Leiden</a> très active dans les procès d’évaluation était représentée par son Recteur Magnificus Paul van der Heijden, la jeune <a href="http://www.uni-konstanz.de/">université de Konstanz</a>, l’une des lauréates du programme allemand des universités d’excellence, était représentée par son recteur Ulrich Rüdinger qui n’était pas né quand son université fut créée. Nul n’avait prévu que le séminaire serait perturbé par le nuage de cendres microscopiques que nous devons au volcan islandais. Celui-ci bloqua le principal de l’<a href="http://www.ed.ac.uk/home">université d’Edimbourg</a> à Paris faute d’y être arrivé à temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout à nos discussions sur la compétitivité des universités (la nécessaire réforme par elles-mêmes de leur propre gouvernance afin de l’adapter à leurs objectifs stratégiques, le sous-financement chronique et les moyens d’y remédier, l’intérêt des clusters versus des politiques d’établissement, la taille idéale des universités) nous ne nous sommes pas aperçus que le nuage se déplaçait inexorablement vers le Sud et l’Est <span id="more-1184"></span>et qu’il allait inéluctablement clouer les avions au sol au nom du principe de précaution. Espérant la reprise des vols nous en profitâmes pour faire quelques belles visites. Le Prado d’abord sous la conduite magistrale du conservateur qui vint nous rappeler la puissance de Charles Quint qui prenait en tenaille la petite royauté française. Laquelle, tel un grain de sable dans un magnifique mécanisme, s’opposa constamment à son ambition d’unité européenne. « <em>Je parle espagnol à Dieu </em>[disait Charles Quint],<em> italien aux femmes, français aux hommes et allemand à mon cheval</em> ».</p>
<p style="text-align: justify;">A l’époque de Charles Quint les peintres espagnols commencèrent à se former aux écoles flamandes et allemandes. Son fils Philippe II (à ne pas confondre avec Philippe Auguste) utilisera constamment l’art à des fin de promotion et de prosélytisme car on est en pleine lutte pour ou contre la réforme luthérienne et la sécession anglicane. Mais ce n’est que sous Philippe V que la peinture espagnole prendra toutes ses caractéristiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Prado, une merveille que nous avons survolée et où il me faudra bien revenir !</p>
<p style="text-align: justify;"><em>L’utopie</em> de Jérôme Bosch avec son jardin des délices et ses sept péchés capitaux m’a enthousiasmé. <em>Les bondieuseries</em> d’El Greco m’ont laissé froid.</p>
<p style="text-align: justify;">Par contre, Goya m’a particulièrement ému. Pas tellement pour<em> Saturne dévorant ses enfants</em>, mais son <em>Tres de Mayo</em> qui est une bouleversante protestation contre la violence et la destruction exercée par les hommes, en particulier ici lorsque les soldats français &#8211; en représailles à la révolte du 2 mai &#8211; exécutent les combattants espagnols faits prisonniers au cours de la bataille.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="attachment wp-att-1185" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2010/04/21/terrific-but-terrible/tres-de-mayo-de-goya/"><img class="aligncenter size-full wp-image-1185" title="Tres de Mayo de Goya" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/04/Tres-de-Mayo-de-Goya.bmp" alt="Tres de Mayo de Goya" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Et <em>la Maja nue</em> qui trône à côté de <em>la Maja habillée</em>, quelle merveille. Plus tard, <em>las Meninas</em> de Vélasquez sont de nouveau dans la « norme » qui sera celle de l’Espagne puritaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant que de m’en retourner par route puis par TGV, puisque les contrôleurs avaient mis fort opportunément fin à leur grève, via Bordeaux, j’eus droit avec quelques autres, grâce au Recteur de Carlos III Daniel Péna, à la découverte du monastère de San Lorenzo à El Escorial.</p>
<p style="text-align: justify;">J’y fis la connaissance d’un prêtre exceptionnel qui régente le collège situé à côté du monastère. Il est docteur de l’<a href="http://www.ucsd.edu/">université de Californie</a> à San Diégo. Ce monastère était un monastère Augustinien et il l’est resté et d’ailleurs, me dit-il en riant, Luther aussi, il portait la même robe que moi, lui et Calvin c’étaient des Augustiniens fourvoyés. C’est ainsi. Ce monastère fut en effet le siège de la royauté espagnole au moment où celle-ci embrassait sans concession le parti de la contre-réforme. Mais d’un autre côté me dit-il, Philippe II malgré son intransigeance doctrinale a toujours laissé les moines avoir une grande curiosité intellectuelle. Il ne faut pas perdre de vue que l&#8217;enseignement à l&#8217;Escorial était d&#8217;une rare liberté, Vésale bien que critiqué par l’Eglise est passé par San Lorenzo. Je lui rappelle alors que Jussieu est construit sur l’emplacement de l’ancienne abbaye St Victor qui se rattachait aussi à la tradition augustinienne et s’était fortement opposée aux Chanoines de la Sorbonne.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="attachment wp-att-1187" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2010/04/21/terrific-but-terrible/terrific-but-terrible/"><img class="aligncenter size-full wp-image-1187" title="Terrific but terrible" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/04/Terrific-but-terrible.bmp" alt="Terrific but terrible" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Pour que nous n’ayons pas à souffrir de la pluie, il nous ouvrit les portes de l’enceinte du secteur réservé aux 70 moines qui constituent la communauté. Privilège exceptionnel que celui de contempler depuis les étages supérieurs l’immense cathédrale et toute l’abbaye :</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="attachment wp-att-1188" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2010/04/21/terrific-but-terrible/abbaye/"><img class="aligncenter size-full wp-image-1188" title="Abbaye" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/04/Abbaye.bmp" alt="Abbaye" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Et d’assister à une cantate de Bach jouée par un moine organiste sur le merveilleux orgue électrique relié aux 1800 tuyaux sonores, situé sous un immense lustre de cristal.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="attachment wp-att-1189" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2010/04/21/terrific-but-terrible/lustre-de-cristal/"><img class="aligncenter size-full wp-image-1189" title="Lustre de cristal" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/04/Lustre-de-cristal.bmp" alt="Lustre de cristal" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais la voiture arrive pour me ramener en France et il me faut quitter ce bon Père jovial et généreux pour retrouver la France et ses tracas. Je me retrouve à la Gare St Jean de Bordeaux 10 minutes trop tard pour prendre le dernier TGV. Je m’installe pour la nuit à l’Hôtel du Faisan (ça ne s’invente pas) et j’en profite pour écouter les élucubrations journalistiques sur le souk européen. Bref deux jours pour rejoindre Paris de Madrid, on n’est pas revenu à l’ère des diligences, mais on en prend le chemin. Finalement, à quelque chose malheur est bon, la paralysie du transport aérien servit de prétexte à Obama pour annuler sa présence à l’enterrement du xénophobe, homophobe, anti-avortement et pour tout dire pour le moins réactionnaire tween polonais. Et il fut suivi immédiatement par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy et quatre-vingt pour cent des invités étrangers qui restèrent chez eux !</p>
<p style="text-align: justify;">Quelque part entre Poitiers et St Pierre des Corps le 18 avril 2010</p>
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		<title>L’année du Tigre commence sous de mauvais Auspices</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Jan 2010 15:45:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets de voyage]]></category>
		<category><![CDATA[Django Reinhard]]></category>
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		<category><![CDATA[Islam]]></category>
		<category><![CDATA[Obama]]></category>

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		<description><![CDATA[En  Haïti, le 12 janvier, un séisme de force 7, à 25 km de Port aux Princes,  suivi huit jours après par une réplique de force 6,1, vient nous rappeler que le tiers monde est la première cible des catastrophes naturelles. Même si là où elles frappent il n’y a plus ni riche ni pauvre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a rel="attachment wp-att-976" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2010/01/29/l%e2%80%99annee-du-tigre-commence-sous-de-mauvais-auspices/annee-du-tigre/"><img class="aligncenter size-full wp-image-976" title="Année du tigre" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2010/01/Année-du-tigre.bmp" alt="Année du tigre" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">En  Haïti, le 12 janvier, un séisme de force 7, à 25 km de Port aux Princes,  suivi huit jours après par une réplique de force 6,1, vient nous rappeler que le tiers monde est la première cible des catastrophes naturelles. Même si là où elles frappent il n’y a plus ni riche ni pauvre et souvent plus d’Etat, ce sont les plus pauvres qui en payent le prix le plus fort. Haïti, premier état noir indépendant du monde à l’Epoque moderne naît sous les décombre de la première débâcle du « petit caporal », et fût aussi la première victime de l’impérialisme mondial qui ne supporta pas cette effronterie la faisant payer fort cher, aidée en cela par la petite bourgeoisie béké. Toute à son habitude du « small is beautiful », on assiste à cette occasion à une manifestation parfaitement intolérable de la mesquinerie française, qui trouve intempestif le déploiement américain : 15 000 hommes, 20 navires, 167 millions de dollars d&#8217;aide en regard duquel les 500 sauveteurs français, les 2 bateaux spécialisés et les 6 avions et d&#8217;hélicoptères pesaient peu. Il est évident qu’à côté de la chirurgie de guerre de certaines équipes françaises, étalée de façon parfaitement obscène par la télévision, le « Comfort », qui dispose de 1.000 lits, de six salles d&#8217;opération et d&#8217;équipements dernier cri, peut répondre à une grande variété de situations, de la blessure légère aux opérations chirurgicales complexes et traiter 400 patients par jours montre avec éclat la différence qu’il y a entre la puissante Amérique et le petit poucet.</p>
<p style="text-align: justify;">Un an après son arrivée à la présidence, Obama, doit se battre sur tous les fronts. Naturellement pour sortir des guêpiers d’Irak et d’Afghanistan avec un minimum de dommages collatéraux c’est une tout autre affaire que de voler au secours de la population Haïtienne. Lorsqu’il faut s’en prendre aux compagnies d’assurances qui contrôlent la protection médicale outre atlantique et aux organismes bancaires qui sont tous prêts à renouer avec la folie, les résistances sont fortes. Devant l’action d’Obama certains médias français parlent de populisme ! Bien sûr, quant il s’agit de vitupérer les salaires indécents tout le monde est d’accord, Sarkozy compris, mais quand il s’agit de passer à l’acte c’est moins évident comme la démontré l’affaire Proglio. Faux culs que ceux qui laissent croire que l’on s’en prend impunément aux profits juteux des compagnies d’assurances et à la ploutocratie bancaire. Les mêmes se régalent de la réaction brutale de l’extrême droite américaine qui appelle ouvertement au meurtre du président et des difficultés d’Obama à faire passer sa réforme de l’assurance maladie avec l’espoir secret de nombreux commentateurs et hommes politiques de droite et d’extrême gauche que l’expérience en cours à Washington soit un fiasco.<br />
<span id="more-974"></span>Mais il y a aussi des anniversaires importants en ce début d’année. Django Reinhard est né le 23 janvier 1910 dans une roulotte à Liberchies, Pont-à-Celles en Belgique, c’était un des Roms gadjkéné issus du fond de l’Europe. Il passa sa jeunesse à voyager en France, en Italie ou en Algérie pour fuir les aléas de la Première Guerre mondiale avant que sa famille ne se fixe à Paris, d’abord sur les « Fortifs » de la Porte de Choisy, puis à la Porte d&#8217;Italie. Il mènera la vie des gens du voyage mais restera en France pendant l’occupation et à la Libération, il retrouve Stéphane Grappelli qui était passé à Londres avec lequel il improvise sur <a href="http://www.dailymotion.com/video/x396ne_1945-la-liberation ">une Marseillaise qui restera célèbre</a>. Il est certain que cette version tout comme <a href="http://www.youtube.com/watch?v=mLq7EcvRaf0">celle de Serge Gainsbourg</a> auraient, si elles étaient interprétées sur les terrains de football, plus de gueule que celle de la garde républicaine. Gainsbourg et Reinhard, deux fils d’immigrés qui ont choisi la France comme patrie tandis que notre Besson national tente d’expulser des Kurdes qui fuient les modernes pogromes. Combien de Django rejette-t-on ainsi hors de nos frontières ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cette année, on célèbrera également le deux centième anniversaire de la naissance de Chopin, Polonais de père français, mort à Paris presque cent ans avant Django. Ce romantique emblématique, l’un des fondateurs de la technique pianistique moderne au côté du gitan qui dû suppléer à un accident qui l’amputa de plusieurs doigts de la main droite par une technicité hors pair qui en fit le père du Jazz manouche. Tous deux profondément attachés à la liberté se trouvant à Paris à cent années d’écart l’un par ce que la France de ce temps était accueillante pour les apatrides et l’autre par ce qu’il refusait d’être le pianiste officiel du Tsar.  Que peut on rêver de plus que d’être mis en terre au son de <a href="http://www.youtube.com/watch?v=bBELcBzBh3E     ">la valse de l’Adieu, opus 61</a> après que le cortège funèbre vous ait accompagné au son des <a href="http://www.youtube.com/watch?v=4a64uyOUw_A">« yeux noirs » de Django</a> ?</p>
<p style="text-align: justify;">Lundi 25 janvier, je m’envole vers Riyad, pour faire la promotion de La Sorbonne lors du premier salon international sur l’éducation supérieure organisé par l’Arabie Saoudite. L’avion est complet, pour la plupart ce sont des anglais ou des américains, le repas est garanti sans porc, heureusement ni sans whisky ni sans vins français, excellente entrée : crevettes et terrine de poissons arrosées d’un petit blanc de bourgogne, blanc de poulet façon Moyen-orient ensuite avec un bon verre de Médoc, je fais le plein pour pallier aux trois jours d’abstinence qui m’attendent.</p>
<p style="text-align: justify;">Saoudite évoque Mohammed ben Saoud, qui fonda en 1744 le premier État saoudien en s’alliant à un chef tribal local, le cheikh Mohamed ibn Abd al-Wahhab et que ses descendants, les Al Saoud, tenteront de maintenir en dépit de l’impérialisme Ottoman. Le royaume finira par disparaître en 1818. Un Second État saoudien, sera fondé six années plus tard mais disparaîtra lui aussi en 1891. Abd el-Aziz ben Abd ar-Rahman Al Saoud dit Ibn Saoud qui a repris le pouvoir en 1904 est le créateur du royaume arabe saoudien moderne en 1932. Dès l’origine, les dogmes revendiqués plus tard par le salafisme, constitueront la base de la société. Une jeune femme, affublée d’un voile intégral, nous sert d’interprète, mais peu en fait car tous ceux qui s’arrêtent au stand parlent anglais et j’y rencontre même un mathématicien formé à Jussieu, ils sont partout ! J’accepte de rencontrer le président de son université pour lancer une piste de coopération. A défaut de traduction nous aurons l’histoire de l’ordinaire d’une jeune étudiante saoudienne de la classe moyenne, quatre heures quotidiennes dans les transports en commun réservés aux femmes, une visite à Paris encadrée par son père (sans l’intégral !) et le futur mariage avec un homme qu’elle a vu une fois. Et encore, chance extrême, la connexion s’est elle effectuée par l’amie dont il est le frère. Le même jour, dans « Arab News » un encarté sous la rubrique « status of women in Saudi Arabia » sous la signature de Railf Wegener s’y trouve un texte envoyé par e-mail qui renvoie les femmes saoudiennes à leur propre responsabilité.  « As long as women accept their oppression in many areas as God-given although Islam does not prescribe an inferior position for women, no progress will be made in terms of creating a more balanced relationship of men and women ».  Voici un texte for opportun  pour la France en ce moment. Mais encore faudrait-il rappeler qu’il y a Islam et Islam et que le radicalisme religieux n’est pas l’apanage de l’Islam. Ou plutôt que ce qui n’est pas supportable dans l’Islam d’aujourd’hui, c’est son refus de la laïcité et de l’égalité des genres. Mais est-ce tellement différent dans la religion catholique qui refuse d’ordonner des femmes ? Car comme le disait un penseur catholique célèbre : « Dieu n’est que Dieu, non de Dieu ! ou bien comme le chantaient si bien Deneuve et Gainsbourg, <a href="http://www.youtube.com/watch?v=PDd7z9cfCgM">Dieu n’est il qu’un fumeur de havane</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Même si quatre jours c’est insuffisant pour se faire une idée complète, les rencontres avec des thésards inscrits à l’UPMC ou des postulants à des masters et à des thèses, l’affluence brouillonne au salon, le fait que la police religieuse n’ait point été autoriser à y entrer, d’autres indices encore montrent que le pays s’ouvre. Certes l’affluence est d’abord vers les stands anglo-saxons, certes on exécute encore ici comme en Chine, comme aux Etats-Unis et pas de la meilleure façon, si tenté qu’il y en ait une ! Mais l’éducation supérieure y est en marche, y compris chez les filles et, ici comme ailleurs, c’est irréversible.</p>
<p style="text-align: justify;">Riyad le 28 janvier 2010</p>
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		<title>Il y a 50 ans, Gérard Philippe nous quittait.</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Nov 2009 22:16:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je rentre d’une mission en Indonésie où je me suis fait le VRP des universités françaises, pour défendre la mobilité étudiante, montrer tous les avantages d’un enseignement supérieur public, laïc et … quasiment gratuit, expliquer le processus de Bologne, bref proposer qu’une partie importante des étudiants de ce pays de 250 000 âmes, choisissent l’Europe [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a rel="attachment wp-att-748" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2009/11/27/il-y-a-50-ans-gerard-philippe-nous-quittait/gerard-philippe/"><img class="aligncenter size-full wp-image-748" title="gerard philippe" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2009/11/gerard-philippe.jpg" alt="gerard philippe" width="497" height="71" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Je rentre d’une mission en Indonésie où je me suis fait le VRP des universités françaises, pour défendre la mobilité étudiante, montrer tous les avantages d’un enseignement supérieur public, laïc et … quasiment gratuit, expliquer le processus de Bologne, bref proposer qu’une partie importante des étudiants de ce pays de 250 000 âmes, choisissent l’Europe et singulièrement la France plutôt que l’Australie ou l’Amérique du Nord. A ce séminaire participaient les conseillers et attachés culturels de l’ambassade, la direction de la mondialisation, Campus France et onze universités indonésiennes. Il se tenait à Bali, près de Denpasar à côté des plages de Kuta, sorte de « Grande Motte » asiatique avec une mer d’un bleu superbe mais des roulis qui font la joie des surfeurs. Deux jours de travail, une  <a href="http://www.dailymotion.com/video/x73kqc_bali-enfants-ecole-de-musique-de-de_travel">démonstration de ballet à l’institut des arts de Denpasar</a> et une escapade touristique au musée Puri Lukisan à <a href="http://www.youtube.com/watch?v=txwlk4P1CyI">Ubud</a> avant de reprendre l’avion.<span id="more-746"></span></p>
<p style="text-align: justify;">L’Indonésie, le plus grand archipel du monde avec ses 17 000 îles, est aussi le plus grand pays musulman puisque 80% de ses habitants se réclament de cette croyance. Le peuplement de l&#8217;Indonésie a été précoce, on en trouve des traces au nord-est de Sumatra et s&#8217;est fait par vagues successives. Les proto-Malais, pratiquant la culture sur brûlis s’implantèrent au Néolithique puis furent submergés par d&#8217;autres vagues qui maîtrisaient les techniques de la rizière irriguée, du fer et de la navigation. Entre le 5ème et le 13ème siècle l&#8217;influence de l&#8217;Inde, entraîne l’implantation de l&#8217;hindouisme et du bouddhisme. Deux royaumes indo-malais dominent alors l&#8217;archipel à Java et à Sumatra. A leur apogée, les relations maritimes sont en plein essor, les navires viennent y chercher l&#8217;étain, l&#8217;ivoire, les épices, le camphre, etc. Au 14ème  siècle, le royaume de Majapahit constitue un véritable empire maritime qui s&#8217;étend sur toutes les îles de l&#8217;archipel. Les Chinois commencent à s&#8217;implanter à Java et, par métissage, forment un groupe à part. Puis, par l&#8217;intermédiaire des princes musulmans de Malacca, et des princes de Java devenus musulmans au 15ème siècle, l&#8217;islam pénètre rapidement et fortement en Indonésie.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b4/RI_Transfer_Signing.jpg"><img class="alignleft" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b4/RI_Transfer_Signing.jpg" alt="" width="200" height="123" /></a>A la même époque commence la colonisation européenne. Les Portugais furent les premiers à y installer des comptoirs commerciaux en 1511, mais ils furent rapidement chassés par les Hollandais au début du 17ème siècle et les « indes néerlandaises » durèrent jusqu’à la fin de la deuxième guerre mondiale. Sukarno, né Koesno Sosrodihardjo, proclame avec Mohammad Hatta, ami de Nehru et de Senghor, l&#8217;indépendance de l’Indonésie le 17 août 1945. Cependant, les Pays Bas refusent de s’incliner et un conflit éclate avec la jeune république qui transfère sa capitale à Yogyakarta. Hatta dirigera la délégation à la Conférence de La Haye, qui se tient en 1949 et à l&#8217;issue de laquelle le 27 décembre, la reine Juliana des Pays-Bas transfère la souveraineté sur le territoire des Indes néerlandaises à la République d&#8217;Indonésie. Vice président auprès de Sukarno dès l’indépendance, avant de se retirer de la vie politique, il fera retirer toute référence à la charia dans la constitution de la république indonésienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien qu’amputée d’une partie de son territoire, la Papouasie Nouvelle-Guinée, qui n’accèdera à l’indépendance qu’en 1975, l’Indonésie reste un pays stratégique dans cette région du monde, à la fois par ses ressources naturelles et sa situation géographique, au cœur du système politique de l’Asie du Sud-est, d’importance capitale pour les États-Unis qui craignent à l’époque qu’elle ne bascule dans le camp soviétique en vertu de la théorie des dominos. Devant la politique tiers-mondiste de Sukarno, soutenue activement par le parti communiste indonésien à forte connotation chinoise, la CIA décide de développer des maquis sécessionnistes et d’infiltrer les cadres de l’armée indonésienne dans le but de créer des tensions permettant de faire reculer les communistes. Après avoir joué en vain la carte des rébellions séparatistes, la CIA décide de mettre fin à l’alliance entre le régime Sukarno et le parti communiste renforcée par le développement du mouvement des non alignés auquel l’Indonésie participe activement. Un pseudo putsch, dont le porte parole auto proclamé sera le lieutenant colonel Untung, s’empare et exécute le 1er octobre 1965 plusieurs officier généraux au prétexte qu’ils sont en train de fomenter un complot contre Sukarno. En réalité, se sont des fidèles du président indonésien qui sont exécutés car le général Mohamed Sœharto est derrière tout cela et se saisi du pouvoir sous-couvert de protéger Sukarno. Untung sera exécuté l’année suivante à l’issue d’un pseudo procès, Sukarno démissionne et Sœharto va déclencher une répression féroce dans le pays, tout suspect de communisme sera systématiquement assassiné, il y aura entre 500 000 et un million de morts et l’intelligentsia progressiste sera éradiquée pour longtemps. La dictature de Sœharto durera trente années.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://atheles.org/agone/contrefeux/lesintellectuelscontrelagauche/"><img class="alignleft" src="http://atheles.org/couverture/couv_1842.jpg" alt="" width="143" height="250" /></a>Par un étrange hasard, j’avais choisi, pour m’accompagner durant cette mission, l<a href="http://atheles.org/agone/contrefeux/lesintellectuelscontrelagauche/">’essai historique de Michael Christofferson</a>, docteur de l’université de Columbia, professeur d’histoire à  la Pennsylvania State University, sur les intellectuels et la gauche française entre les années soixante et quatre-vingt . Dans ce livre que j’ai dévoré en trois jours, il montre comment la dénonciation du « totalitarisme » a servi de pont entre des auteurs venant d’horizons politiques opposés, mais qui, à travers leur haine de l’union soviétique et de ce qu’ils percevaient comme son fidèle affidé hexagonal, le PCF, allaient combattre de toutes leurs forces le programme commun de la gauche, pour obtenir en fin de compte l’avènement d’une gouvernance centriste qui perdure encore aujourd’hui. Il est assez hallucinant de penser d’ailleurs, qu’ils s’unirent objectivement à ceux qui &#8211; au sein du PCF &#8211; allaient obtenir l’arrêt de l’aggionamento du parti et ainsi retarder autant qu’ils le purent l’arrivée de la gauche au pouvoir. Cette campagne, particulièrement rentable financièrement et médiatiquement, déboucha sur une relecture « révisionniste » de la révolution française selon Saint Furet et sur un « jansénisme politique » par lequel l’homme ne peut rien pour changer son statut et qu’en définitive, les révolutions constituent un mal absolu. En fracturant la gauche pour longtemps, ceux qui prêtèrent la main à cette entreprise créèrent en quelque sorte les prémices de l’immobilisme chiraquien puis, en boomerang du sarkozisme triomphant. On attend encore que les revues « Esprit » et « Nouvel Observateur », que le journal « Libération », que les socialistes qui se mobilisèrent contre le traité européens malgré la décision des instances du PS, mais aussi que les hiérarques communistes qui n’ont rien vu venir, fassent leur autocritique à ce sujet et en tirent les conclusion pour une nouvelle stratégie.</p>
<p style="text-align: justify;">Fin novembre 1959, Gérard Philippe décédait à 36 ans des suites d’un cancer du foie.</p>
<div><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="480" height="381" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.dailymotion.com/swf/x44p1n" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="381" src="http://www.dailymotion.com/swf/x44p1n" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object><br />
<strong><a href="http://www.dailymotion.com/video/x44p1n_gerard-philipe_shortfilms">Gerard philipe</a></strong><br />
<em>envoyé par <a href="http://www.dailymotion.com/Blood87">Blood87</a>. &#8211; <a href="http://www.dailymotion.com/fr/channel/shortfilms">Court métrage, documentaire et bande annonce.</a></em></div>
<p style="text-align: justify;">L’homme de gauche, résistant à vingt ans, sauvant ainsi l’honneur de sa famille, fut l’un des premiers à signer la pétition de l&#8217;appel de Stockholm en 1950 contre l&#8217;armement nucléaire en pleine guerre froide. La mort du président du syndicat français des artistes-interprètes nous plongeait alors dans une profonde tristesse tant il incarnait par ses films, le TNP et le festival d’Avignon les aspirations de toute une génération, tant sa dernière prestation dans « la fièvre monte a El Pao » nous avait ému, tant nous trouvions tous infiniment injuste son départ.</p>
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="480" height="385" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/xbQ21nvzV84&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;rel=0" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="385" src="http://www.youtube.com/v/xbQ21nvzV84&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;rel=0" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
<p style="text-align: justify;">Anne Philippe, son épouse sera par la suite de tous les combats progressistes. Bien loin de nos misérables querelles et trahisons actuelles.<br />
Hong Kong le 14 novembre en transit vers Paris</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Il n’y a pas que l’Asie dans la vie !</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Sep 2009 09:38:57 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><a rel="attachment wp-att-620" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2009/09/21/il-n%e2%80%99y-a-pas-que-l%e2%80%99asie-dans-la-vie/argentina/"><img class="aligncenter size-full wp-image-620" title="argentina" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2009/09/argentina.jpg" alt="argentina" width="497" height="71" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Lors de mes précédents passages à Buenos Aires je n’avais pas eu le temps d’une visite à la ville, cette fois c’est chose faite grâce aux contraintes des horaires d’Air France qui m’obligent à partir samedi soir. Avec le décalage horaire, j’ai donc mon dimanche disponible, j’en profite pour me rendre à la <a href="http://www.flickr.com/photos/psycho_roy/215506538/">plaza de Mayo</a>, jeter un coup d’œil à la cathédrale métropolitaine et visiter la casa Rosada, siège de la présidence de la république. L’hôtel où je suis descendu se situe avenue de Mayo, à quelques centaines de mètres de là. C’est ici, en mai 1810, qu’eut lieu la révolution qui allait conduire à l’indépendance. La formation de multipes juntes dans les cités espagnoles, lors de l’été 1808 était la conséquence de la vacance du pouvoir royal résultant de l’invasion napoléonienne. Dans un premier temps elles ne voulurent pas changer grand chose, c’est ainsi que le 24 mai 1810 une première junte constituée à Buenos Aires désignait le Vice-roi Baltazar Hidalgo de Cisnéros comme président. Elle fut débordée le lendemain par une nouvelle junte formée par les éléments les plus radicaux de la ville s’appuyant sur le corps des milices. Elle destitua immédiatement le Vice-roi. Mais deux jours plus tard elle publie une circulaire précisant qu’elle agit au nom du roi d’Espagne Ferdinand VII. Ce n’est que six ans plus tard, lors du congrès de Tucumàn, le 9 juillet 1816 que l’indépendance des provinces unies de l’Amérique du Sud consacre l’éviction de la royauté espagnole.</p>
<p style="text-align: justify;">La plaza de Mayo est étrangement calme en ce dimanche matin, <span id="more-617"></span>deux souvenirs lancinants de l’histoire tragique et récente y subsistent, à droite en regardant la casa Rosada un campement réclame la mémoire pour les victimes de la répression et en miroir sur la gauche, un autre revendique la justice pour les vétérans de la guerre des malouines. C’est à travers l’Asociación Madres de la Plaza de Mayo que j’ai fait la connaissance de l’Argentine, le 30 avril 1977. Pour exiger que la lumière soit faite sur ce qu’il était advenu de leurs enfants enlevés par la milice militaire, quatorze femmes se réunissent pour la première fois sur la plaza de Mayo. Comme il était interdit de se rassembler, elles font inlassablement la ronde devant le palais présidentiel et, la presse étant muselée, deviennent les témoins vivants, face au monde, de l’ignominie de la dictature. Comme cela ne suffit pas, le 10 mai 1981 elles transforment la ronde en marche de la résistance qui sera organisée chaque année, la dernière aura lieu les 25 et 26 janvier 2006 mais ce n’est que l’année suivante qu’elle s’arrêtera réellement sans que pour autant les bourreaux aient été réellement inquiétés. L’agitation engendrée, entre autres par les Madres de la Plaza de Mayo, va bientôt, dans un contexte de forte dégradation de l’économie,  inquiéter la junte militaire qui, après avoir remplacé Videla et Viola par leur clone Leopoldo Fortunato Galtieri, tentera de détourner l’attention en se lançant en 1982 à corps perdu dans le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_Malouines">conflit des Malouines</a>/Faulkland qui ne pouvait que bénéficier à Margaret Tatcher de son côté en mauvaise posture. Ce qui devait arriver arriva ! Malgré l’impopularité grandissante de « la Dame de Fer » au sein des démocraties, celles-ci jugeaient encore plus infréquentable la junte argentine. L’appui international fut massif pour la Grande-Bretagne qui écrasa l’armée du « golpe » balayant ainsi ce qui restait de crédibilité à la Junte. Le début de la fin était en vu pour les dictateurs, obligé de passer la main. Galtieri s’en va le 1er juillet 1982 et le général Bignone le remplace pour ordonner immédiatement la destruction des documents concernant la détention, la torture et l&#8217;assassinat des disparus. Les élections libres d’octobre 1983 ramènent les civils au pouvoir. Seuls quelques uns des bouchers payerons de peines légères leurs crimes de sang.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3>Le lendemain je m’envole vers Córdoba « la Docta », première étape de mon périple universitaire,</h3>
<p style="text-align: justify;">L’<a href="http://www.uco.es/">université de Córdoba</a>, l’Alma Mater des universités latino-américaine, avec ses cent dix mille étudiants, ses enseignants, ses chercheurs et ses personnels, c’est plus de 14 % de la population de la ville. Fondée par les jésuites 14 années à peine après leur arrivée dans une contrée située au croisement de routes importantes de l&#8217;Argentine, proche des Sierras au pied de la Cordière des Andes, elle garde jalousement sa réputation de révolutionnaire. Révolutionnaire elle fût en effet au temps où les jésuites voulaient dégager un élite autochtone des aristocrates castillans ou catalans ce qui les conduisit à leur perte. Révolutionnaire elle fût en 1810 quant elle apporta son soutien à la junte de Buenos-aires contre le Vice-roi qui trônait en sa ville, Révolutionnaire elle fût en 1918 lorsque ses étudiants imposèrent une réforme universitaire qui allait servir de guide à plusieurs générations d’étudiants sud-américains. En quoi consistait-elle ? Les éléments principaux : laïcité,  gratuité, autonomie universitaire , participation tripartite et paritaire au gouvernement de l’institution (professeurs, étudiants et diplômés), rénovation des chaires, chaires parallèles, ouverture sur la société civile. L’Université ne rechercha pas la tutelle soit disant égalisatrice de l’Etat mais à s’en émanciper. Révolutionnaire elle fût quand il fallut en finir en 1969 avec la dictature militaire et ce fut le « viborazo » qui au bout d’une année parvint à chasser le général Ongania. Révolutionnaire à  l’excès dont le contre coup allait installer un nouvelle dictature militaire le 24 mars 1976 qui pratiqua, selon l’historienne Marina Franco, se met en place une « répression systématique et organisée sur un ensemble important de la société : militants politiques et syndicaux, ouvriers, universitaires, artistes, intellectuels ».</p>
<p style="text-align: justify;">L’université de Cordoba est aussi terriblement conservatrice de son patrimoine et des rites du passé, comme en témoigne une merveilleuse salle des thèses à faire pâlir la Sorbonne,  devenue il est vrai réservée aux Honoris Causa et aux professeurs émérites qui, contrairement aux nôtres, ne sont pas légions. Elle continue aussi de gérer son propre lycée d’« excellence », le collège Montserrat, issu du « colegio Màximo de Cordoba » créé lui aussi par les jésuites. Mais contrairement aux crémeux des lycées Hoche, Sainte-Geneviève, Stanislas, Louis-le-Grand, Henri-IV, Pasteur, Clémenceau, Blaise-Pascal, Le Parc,  Chateaubriand, Fénelon, Edouard-Herriot et Georges-de-La-Tour, leurs élèves n’ont pas été ségrégés du marais universitaire à l’issue de leurs études secondaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, cent dix mille étudiants suivent les cours de l’université, la direction me reçoit chaudement et nous aurons une séance de travail très productive avec leurs mathématiciens et leurs économistes pour enclencher des coopérations futures.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3>De retour dans  la capitale, nous visitons l’université de Buenos Aires,</h3>
<p style="text-align: justify;">Mastodonte de plus de deux cent mille étudiants, l’<a href="http://www.uba.ar/homepage.php">UBA</a> est en pleine campagne électorale pour les élections étudiantes. Rencontre amicale avec le Vice-président des relations internationales puis visite à la faculté des sciences naturelles. Chaleur bruyante d’un campus bien vivant, des stands partout, pas pour alerter contre le virus H1N1 dont, ici où là, quelques pâles posters rappellent l’existence, mais des dazibaos géants étalent les revendications des étudiants qui réclament l’autonomie, c&#8217;est-à-dire le retour à l’esprit de 1918, leur implication dans la gestion et surtout la fin de la mainmise de l’Etat ! Au deuxième étage d’un immense patio où trône encore le « Che », je dégote le centre d’investigation de la mer et de l’atmosphère pour renouer des relations scientifiques et discuter d’échanges d’étudiants. Deux jours plus tard, un mail de l’un des jeunes chercheurs rencontrés me rappelle qu’il est fortement intéressé par mes propositions.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3>La Patagonie</h3>
<p style="text-align: justify;">Rejoins par le directeur de la station marine de Banyuls,  je m’embarque dans un Douglas Mc Donald hors d’âge pour Puerto Madryn, porte nord de la Patagonie. La Patagonie, dont l’unique empereur fût un avoué français de périgueux qui se fit anoblir par la cour impériale de Bordeaux puis acclamer, à grand coup d’alcool, Orélie-Antoine Ier roi d&#8217;Araucanie et de Patagonie le 20 novembre 1860, est une zone semi-aride qui forme la pointe sud de l’Argentine jusqu’à la terre de feu, elle se poursuit en une vaste plaine large de plusieurs centaines de kilomètres avec moins de 100 mètres de profondeur sous la mer. Cette plaine sous marine est le siège de la remontée à une vitesse étonnante du courant froid des Malouines qui apporte avec lui de nombreux nutriments. Puerto Madryn est une ville champignon qui a poussé là en deux décennies. Notre hôte, José Louis Esteves, ancien étudiant à Marseille, sans doute le meilleur connaisseur de la situation éco-environnementale de la côte Patagone, de sa faune et de sa flore, nous accueille. Après un passage à notre hôtel flambant neuf situé le long de la plage (on se croirait à Nice en décembre, mais en plus frugal) nous fonçons observer les balleinas francas en plein rut. Ces mastodontes de trente tonnes font des cabrioles à cent mètres de notre lieu d’observation, contrairement aux humains, les femelles qui ne veulent pas du mâle qui approche se mettent sur le dos. Nous irons les voir de près en bateau. C’est près d’un  millier de <a href="http://images.google.fr/images?hl=fr&amp;safe=off&amp;client=firefox-a&amp;rls=org.mozilla:fr:official&amp;hs=PF0&amp;resnum=0&amp;q=ballenas+francas&amp;um=1&amp;ie=UTF-8&amp;ei=aEa3SvzILpWI4gbT8JR9&amp;sa=X&amp;oi=image_result_group&amp;ct=title&amp;resnum=1">balleinas francas</a> qui se reproduisent ici chaque année, et elles ne sont pas les seules. Les <a href="http://images.google.fr/images?hl=fr&amp;safe=off&amp;client=firefox-a&amp;rls=org.mozilla:fr:official&amp;hs=daf&amp;um=1&amp;ei=g0a3StSuB8314Aaw94jSDQ&amp;sa=X&amp;oi=spell&amp;resnum=0&amp;ct=result&amp;cd=1&amp;q=ping%C3%BCino+de+magallanes&amp;spell=1&amp;start=0">pingoüino de magallanes </a>mâles et monogames sont en train de préparer le nid pour leur compagne et ses petits qui devraient arriver sous peu. Quand aux elefantes marinos mâles, pachas d’une demi tonne, c’est plus d’une centaine et de femelles pour chacun dont ils attendent le retour et les faveurs. Quelle santé ! Nous croisons sur notre route calidris canutus, cormoràn gris, chingolos, martinets, pétrels et … quelques touristes.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux jours de rencontres avec les chercheurs du Centro Nacional d’étude Patagonico permettent de trouver plusieurs pistes de collaboration. Au siège de la <a href="http://www.patagonianatural.org/">Fondacion Patagonia Natural</a>, qui fut portée sur les fonds baptismaux il y a vingt ans par Marineland de Nice, nous apprenons comment, dans un contexte économique et politique difficile, les chercheurs et les citoyens ont réussi à faire reconnaître par la population, les autorités locales et nationales, les pétroliers et … les touristes la nécessité d’actions concrètes pour la protection de l’environnement côtier et de la faune terrestre, marine et aérienne qui l’habite. Elle a son actif quelques belles études comme celles sur les migrations saisonnières et a pu obtenir des fonds pour le faire par les agences onusiennes. Malgré tout le travail réalisé, plus de 65 espèces sont menacées dont 30 de requins et de patins¹. Nous rencontrons également plusieurs représentants du réseau Orion qui constitue un médiateur important entre des universités diverses et dispersées d’Amérique latine et quelques universités européennes. Pas besoin de l’Etat pour  cette activité, bien au contraire ! Avant de nous embarquer pour l’Extrême, petit tour dans la péninsule Valdès, immense hacienda où l’aridité n’empêche pas le grouillement de la vie et où nous croisons quelques groupes de guanacos qui alternent avec les moutons.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h3>La Terre de feu !</h3>
<p style="text-align: justify;">Après avoir franchi le détroit de Magellan puis le zig-zag de la Cordière des Andes, qui s’infléchit brutalement vers l’est pour donner la Cordière Darwin avant de piquer droit au sud et de se fondre dans les massifs antarctiques, l’avion arrive à Ushuaïa. L’atterrissage n’est plus ce qu’il était depuis qu’une nouvelle piste a été gagnée sur la  mer, tourisme oblige. Dans l’avion, bondé en cette fin de samedi, c’est une débauche de jeunesse car les Nicolas Hulot locaux ont fait leur boulot et tous les baba cool friqués de Buenos Aires viennent  se faire rôtir sur les pistes de ski puisque la météo est favorable, contrairement aux prévisions. Inexorablement, la ville telle un cancer croît en envahissant doucement les pentes de la Cordière. Les argentins se sont accaparés cette île en 1884 mais c’est l’Eglise anglicane qui fit son affaire de l’évangélisation des aborigènes Yaghanes, Selk’nam ou Onas qui y vivaient pratiquement nus et résistaient au froid en s’enduisant de graisse. Quoi qu’il en soit, 125 ans plus tard on ne compte que quelques poignées de descendants.<br />
Le lendemain dimanche, nous décidons de profiter du beau temps et plutôt que de prendre les monstrueux catamarans bondés de touristes à l’excès, nous louons avec quelques autres touristes une petite vedette qui va nous conduire le long du Canal de Beagle qui sépare la zone nord de la Terre de feu des îles plus petites situées au sud. Longtemps sujet de discorde entre le Chili et l’Argentine, la situation est maintenant pacifiée grâce à la papauté (chose nouvelle en Amérique latine) même si le Chili ne pouvant supporter que Ushuaïa soit considérée comme la ville la plus septentrionale du monde a transformé un fortin militaire, Puerto William, en ville pour lui voler la vedette. Le canal doit son nom à Darwin qui fut du second voyage du Beagle dans cette zone. Après quelques milles nautiques vers l’Est, nous contournons le phare de Beagle et l’îlot aux cormorans, puis retour vers l’ouest « with high speed » pour frôler Alix et les barrissements de ses lobos marinos paresseux et leurs escortes de Cormorans. Enfin, nous débarquons sur Bridgess dont nous escaladons le sommet pour contempler les îlots alentours et la passe qui, vers l’ouest conduit à l’océan Pacifique. Lundi, visite au Cadic, homologue du centre de Puerto Madryn gérés tous les deux par le <a href="http://www.conicet.gov.ar/">CONICET</a>, l’équivalent argentin du CNRS. Accueil  sympathique de chercheurs qui se demandent bien ce qu’une université parisienne peut bien venir prospecter à Ushuaïa. Nous resterons plus de quatre heures avec eux et partirons pleins d’espérance de collaboration pour le futur.</p>
<p style="text-align: justify;">Dernière escale à Buenos Aires avant de prendre le vol de retour vers le quotidien parisien. Nous faisons la visite de courtoisie prévue dans le code de bonnes pratiques de l’UPMC. Le Conseiller culturel accepte de nous rencontrer une demi-heure entre deux réunions importantes, puis nous échangeons avec ses adjoints un peu plus longtemps. Notre démarche semble les surprendre mais très vite nous trouvons un terrain d’entente. C’est essentiel tant il est vrai que, de mon point de vue, les universités françaises sont à la remorque des Ecoles grandes et petites sur ce sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Argentine, culture européenne mâtinée de l’esprit nord-américain est en renaissance, elle possède de larges espaces, ses citoyens prennent conscience de son importance internationale et pas seulement en football et en rugby. Les chiffres sont cruels, en 2008 17 étudiants argentins se sont inscrits à l’UPMC et le nombre de ses étudiants qui y ont été sur programme d’échange se compte sur les doigts d’une main ! C’est ce paradigme qu’il faut inverser. Arrivé à l’aéroport, je prends connaissance du décès de Willy Ronis,  l’un des photographes majeurs de la France populaire. Il avait été fêté il y a trois ans à la fête de « l’Humanité » à l’occasion de ses retrouvailles avec Suzanne Trompette, la petite fille de sept ans qu’il avait photographiée, poing levé, en bonnet phrygien, juchée sur les épaules de son père, Félix Gilles, cheminot communiste, le 14 juillet 1936, rue Saint-Antoine, à Paris.</p>
<p style="text-align: justify;">Aeroparque Jorge Newbery le 15 septembre</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>¹Lire à ce sujet « sintesis del estado de conservation del mar Patagonico y àréa de influencia » paru en  2008 édité par la fondation (Edition del Foro à Puerto Madryn) ISBN 978-987-24414-3-2</p>
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		<title>Les universités et le XXIème siècle !</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Sep 2009 13:22:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nul n’étant prophète en son pays, ce n’est pas la CPU qui m’a sollicité pour donner mon sentiment sur l’impact socio-économique des universités en ce début de siècle, mais la conférence des universités espagnoles. Et c’est pourquoi je profite d’un stop de deux heures dans l’aéroport de Madrid, en attente de mon vol pour Santander [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a rel="attachment wp-att-614" href="http://www.gilbertbereziat.fr/2009/09/08/les-universites-et-le-xxieme-siecle/stat/"><img class="aligncenter size-full wp-image-614" title="stat" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2009/09/stat.jpg" alt="stat" width="497" height="71" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Nul n’étant prophète en son pays, ce n’est pas la <a href="http://www.cpu.fr/">CPU</a> qui m’a sollicité pour donner mon sentiment sur l’impact socio-économique des universités en ce début de siècle, mais la <a href="http://www.crue.org/">conférence des universités espagnoles</a>. Et c’est pourquoi je profite d’un stop de deux heures dans l’aéroport de Madrid, en attente de mon vol pour Santander pour commencer l’écriture de ce billet. Santander, charmante cité balnéaire de la côte Cantabrique, mais aussi siège de deux universités dont l&#8217;<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_internationale_Men%C3%A9ndez_Pelayo">Université internationale Menéndez Pelayo</a>, où va se tenir ce séminaire, de plusieurs musés et qui accueille chaque année un festival de jazz. A la Tabacalera de Santander, entrepôts transformés en pénitencier, après avoir pris la ville en août 1937, les franquistes entassèrent 4000 républicains dans des avant de les liquider un à un et de les jeter dans des fosses communes. Celle qui fut la dernière statue équestre de Franco de toute l’Espagne fut finalement déboulonnée le 18 décembre 2008 à l&#8217;occasion du réaménagement de la place et devrait rejoindre le futur Musée de la Cantabrie.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce genre d’exercice, il vaut mieux connaître ses dossiers, et ce d’autant que les universités espagnoles sont en pleine mutation. L’Espagne est le pays européen dans lequel le nombre de publication a le plus progressé ces dernières années, il a doublé en 10 ans,</p>
<ul>
<li>devant les universités françaises (+78%),</li>
<li>les universités suisses (+66%),</li>
<li>les universités italiennes (+57%) et loin devant</li>
<li>les hollandaises (+42%),</li>
<li>les allemandes (+48%) ou</li>
<li>les anglaises  (+38%).</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Ce qui relativise au passage le discours ambiant sur la mauvaise qualité des universités françaises car dans la même période, le nombre de publication des soit disant « grandes écoles » n’a cru que de 40% et celles du CNRS ou de l’INSERM que de 20% environ.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu’il en soit, cette commande survenue à la mi-juillet m’obligea à quelques devoirs de vacances durant le <a href="http://www.gilbertbereziat.fr/2009/09/01/un-tour-estival-de-france-des-amis-et-de-la-famille/">périple aoûtien</a> que j’ai décrit dans ma précédente note. Je décidais donc de m’en tenir à quelques exemples pour lesquels des données fiables étaient accessibles.<span id="more-606"></span> Comme point de comparaison, je pris Harvard qui venait de publier un petit opuscule à ce sujet, l’agglomération de Grenoble pour laquelle un rapport d’étape datant de 2005 sur des éléments concernant l’année 2003 était disponible et les données de mon université. Je complétais mes lectures estivales par deux contributions, l’une de Robin Cowan présentée à la conférence <em>« Advancing Knowledge and the Knowledge Economy »</em> de janvier 2005 à Washington DC et l’autre par Simon Marginson au forum de novembre 2008 à Pékin intitulée : <em>« the knowledge economy and the potentials of the global public sphere »</em>. Enfin je pris connaissance avec délice du rapport des technocrates de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire : «<em> L’offre d’enseignement supérieur et de recherche face aux besoins de l’économie et de l’emploi dans les territoires du Bassin parisien »</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai donc choisi d’évaluer l’impact de l’<a href="http://www.upmc.fr">UPMC </a>à l’aune de l’université en tête dans tous les classements mondiaux et de celles de Grenoble, métropole française où le poids de la technocratie nucléaire est majeur (loin bien sûr derrière l’inévitable « plateau de Saclay » qui depuis trente ans fait le désespoir de tous les préfets de région par la maigreur de ses résultats au regard des crédits engloutis) et en conséquence la surveillance étroite de la part de la noblesse d’Etat. Le nombre d’étudiants est sensiblement identique à Harvard et à l’UPMC, une fois pris en compte les étudiants qui fréquentent « l’extension school » à Harvard et défalqués les étudiants fantômes, cumulatifs des classes préparatoires, à l’UPMC. Il est deux fois plus élevé au sein du <a href="http://www.univ-grenoble.fr/21877571/0/fiche___pagelibre/&amp;RH=">PRES Grenoblois</a>. En 2008, le budget de Harvard s’élevait à 2,6 milliards de dollar soit 1,8 milliard d’euros à comparer avec les 450 millions d’euros de l’UPMC en 2009 et même en ajoutant les 290 millions d’euros dépensés par les organismes de recherche dans les laboratoires de l’UPMC on n’arrive pas à la moitié des ressources de Harvard. La structure budgétaire des établissements d’enseignement supérieur de Grenoble est encore plus déséquilibrée, 311 millions d’euros pour les universités et 584 millions pour les organismes publics de recherche ! Harvard déclare qu’il disposait de 660 millions de dollars de budget de recherche  (464 M€) en 2008 quand l’UPMC n’a eu que 280 M€ en 2009 et encore, la moitié étant constituée par la part recherche de la masse salariale alors que dans le budget de Harvard ne figurent que les salaires des post-doctorants et autres contractuels. Et si l’on inclut les financements pour la recherche que mobilisent ses institutions partenaires, c’est un milliard de dollars supplémentaire dont bénéficie Harvard alors que, péniblement, le CNRS et l’INSERM, y compris par les contrats qu’ils gèrent, n’apportent à l’UPMC que 260 M€ supplémentaires, salaires inclus. De ce point de vue la situation de Grenoble est beaucoup plus favorable que celle de l’UPMC. Et pourtant si l’on considère le rendement en termes de publications scientifiques et de classement, l’UPMC ne s’en tire pas si mal alors que Grenoble est dans les choux :</p>
<table border="0" cellspacing="0" cellpadding="0" width="486">
<tbody>
<tr>
<td width="144" valign="bottom"><strong> </strong></td>
<td width="134" valign="bottom"><strong>Harvard</strong></td>
<td width="96" valign="bottom"><strong>UPMC</strong></td>
<td width="113" valign="bottom"><strong>Grenoble EHE</strong></td>
</tr>
<tr>
<td width="144" valign="bottom"><strong>Direct Employment</strong></td>
<td width="134" valign="bottom">
<p align="right"><strong>18 750**</strong></p>
</td>
<td width="96" valign="bottom">
<p align="right"><strong>9 650</strong></p>
</td>
<td width="113" valign="bottom">
<p align="right"><strong>12 535</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="144" valign="bottom"><strong>2008 ISI papers</strong></td>
<td width="134" valign="bottom">
<p align="right"><strong>14 442</strong></p>
</td>
<td width="96" valign="bottom">
<p align="right"><strong>5583</strong></p>
</td>
<td width="113" valign="bottom">
<p align="right"><strong>1 682</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="144" valign="bottom"><strong>10y ISI papers</strong></td>
<td width="134" valign="bottom">
<p align="right"><strong>95 291</strong></p>
</td>
<td width="96" valign="bottom">
<p align="right"><strong>28 435</strong></p>
</td>
<td width="113" valign="bottom">
<p align="right"><strong>10 981</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="144" valign="bottom"><strong>10y ISI citations</strong></td>
<td width="134" valign="bottom">
<p align="right"><strong>2 597 786</strong></p>
</td>
<td width="96" valign="bottom">
<p align="right"><strong>314 981</strong></p>
</td>
<td width="113" valign="bottom">
<p align="right"><strong>130 233</strong></p>
</td>
</tr>
<tr>
<td width="144" valign="bottom"><strong>Taïwan ranking</strong></td>
<td width="134" valign="bottom">
<p align="right"><strong>1</strong></p>
</td>
<td width="96" valign="bottom">
<p align="right"><strong>50</strong></p>
</td>
<td width="113" valign="bottom">
<p align="right"><strong>210</strong></p>
</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p style="text-align: justify;">Il faut noter au passage que les financements pour la recherche provenant de contrats avec les sociétés privées ne représentent que 3% à Harvard contre 8% à l’UPMC mais que 12 % du budget recherche de Harvard provient des revenus de son capital alors que l’UPMC n’en a pas et que l’Etat lui conteste la dévolution des biens quand Havard a pu investir plus de deux milliards de dollar ces 5 dernières années dans les opérations immobilières et des investissements destinées à accroître son potentiel de recherche. Venons en à l’innovation, Durant les années 2007 &amp; 2008, 24 entreprises ayant des liens avec Harvard ont levé plus de 280 millions de dollars (200 M€) et créé 500 emplois ; les plus actives des 105 start-up crées 8 ans par l’<a href="http://www.agoranov.com/">incubateur Agoranov</a> dont l’UPMC est le moteur principal ont levé 70 millions d’euro ces trois dernières années et créé au total 800 emplois. Ce n’est pas si mal ! et pourtant l’UPMC est toujours autant snobée par la noblesse d’Etat qui dirige les grandes entreprises et l’Etat ! Mais en tous cas, les revenus des brevets, les contrats avec l’industrie, la création de start-up par les universités ne peuvent représenter qu’une faible partie des ressources de l’université.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu’il en soit, Havard, l’UPMC, et les universités de Grenoble, par leur activité propre et leurs étudiants, induisent mécaniquement un nombre d’emplois conséquents, 33 000 à Boston pour Harvard, 18 000 à Grenoble pour les universités de cette ville et 19000 en Ile de France pour l’UPMC. Pour autant, il ne faut pas se faire d’illusion, les choses changent vites et pour tout le monde, la formation d’une économie globale de la connaissance, depuis l’extension fulgurante de l’internet il y a moins de vingt ans, a induit une révolution fantastique que Simon Marginson compare à la révolution industrielle, voire à celle du néolithique : bien que le monde reste profondément divisé politiquement, culturellement et linguistiquement, il n’en est pas moins devenu une zone de communication unique et d’accumulation du savoir. Et bien que le développement du monde et des états eux-mêmes reste profondément inégalitaire, les découvertes scientifiques, la philosophie de la vie, et la culture elle-même sont devenus plus accessibles et pratiquement gratuites et, n’en déplaise aux intellectuels patentés et aux membres des aristocraties d’Etat, tous les copyright, toutes les lois adopi et toutes les burqa du monde n’y pourront rien changer. En d’autres termes, dès que les nouvelles connaissances se dispersent, l’effet « first move » comme disent les anglo-saxons disparaît car celles-ci sont distribuées partout, quasiment gratuitement. Les entrepreneurs, quels qu’ils soient seront condamnés à se rapprocher des véritables créateurs qui ne sont pas forcément les mandarins les plus réputés. Même dans le sacro-saint des sciences de la vie et du médicament il en sera de même, la règle du secret induit par les soi-disant droits à la propriété intellectuelle, qui confinent les recherche dans le gynécée des laboratoires va être périmée et les laboratoires d’entreprise condamnés.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qu’il est convenu d’appeler l’open source implique que l’on passe d’une organisation contractuelle en une coopération plus réelle et de tous les instants. Il n’est pas sur que les grandes entreprises françaises, dirigées par des personnes imbues d’elles mêmes et sûres de leur bon droit puisqu’elles ont été triées à vingt ans, pour lesquelles la recherche ne veut pas dire grand-chose, car elles n’ont pas été formées à son contact soient en mesure de s’adapter à la nouvelle donne. D’ailleurs, la politique de Valérie Pécresse, tolérée, voire encouragées par une certaine gauche, même nouvelle, même extrême, est de ce point de vue détestable et son discours pro universitaire sonne creux puisque sa seule ambition manifestée par des actes est de diriger les plus brillants des élèves des couches moyennes vers les classes préparatoires et des « Ecoles » où, précisément, ils seront formatés par l’existant et peu enclins au rêve et à la création, deux vertus cardinales de la recherche, indispensables à l’économie de la connaissance. Et il est certain que les partisans du logiciel libre et les « biohackers » version actuelle des créateurs de la « silicon valley » ne se recruteront pas au sein de ces confréries. Dans les universités françaises, là où s’effectue l’immense majorité de la recherche créative, on ne voit arriver qu’au compte goutte les étudiants ayant de grandes potentialités. Bien sûr il a quelques exceptions, puisqu’un trader, formé en mathématiques par une petite institution de province a su damer le pion à tous les cadors de la finance, polytechniciens compris. Il est urgent en tous cas que ceux qui sont en charge de leur gouvernance montrent que l’université autonome est une institution ouverte qui libère les potentialités</p>
<p style="text-align: justify;">De retour du pays où l’anarchisme fût roi, quelque part entre Madrid et Paris le 4 septembre</p>
<p style="text-align: justify;">&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p style="text-align: justify;">21.09 &gt; Mise à jour : à la demande de certains lecteurs vous trouverez ci-dessous ma présentation :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2009/09/Présentation-défintive-à-Santander-1.pdf">Présentation défintive à Santander-1</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer sous&nbsp;&raquo;)</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Trip en Asie du Sud Est</title>
		<link>http://www.gilbertbereziat.fr/2009/07/10/trip-en-asie-du-sud-est/</link>
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		<pubDate>Fri, 10 Jul 2009 08:46:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets de voyage]]></category>
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		<description><![CDATA[Il est près de 6 heures lorsque je frappe au numéro 1 de la rue Ba Huyên Thanh Quan à Hôchiminh-Ville. Quelques aboiements et je tombe dans les bras de mon ami Nghi. Il n’a pas changé, seulement vieilli, la voie est faible, nasale et moins assurée qu’avant. La vieille dame qui servait du temps [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/rpeschetz/377703976/"><img class="aligncenter size-full wp-image-552" title="credit : rpeschetz - flickr" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2009/07/ho.jpg" alt="credit : rpeschetz - flickr" width="497" height="71" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il est près de 6 heures lorsque je frappe au numéro 1 de la rue Ba Huyên Thanh Quan à Hôchiminh-Ville. Quelques aboiements et je tombe dans les bras de mon ami Nghi. Il n’a pas changé, seulement vieilli, la voie est faible, nasale et moins assurée qu’avant. La vieille dame qui servait du temps de Duong Quinh Hoa a pris sa retraite, sa nièce la remplace. Elle nous a mijoté un excellent dîner vietnamien, d’ailleurs la cuisine du Vietnam ne se goûte vraiment qu’en famille. Je retrouve la maison comme elle était six années auparavant et il veille jalousement sur tous les trésors de l’art et de la culture vietnamienne que Hoa et lui y ont accumulé au fil des ans. Je lis sur son visage la tristesse infinie de l’absence. Il me fait visiter l’autel de Celle qui l’a quitté il y a trois ans. Avant de passer à table, je lui donne des nouvelles de la bande de copains qui a accompagné l’aventure du centre de nutrition de Duong Quinh Hoa et je lui remets <a href="http://www.gilbertbereziat.fr/2009/02/17/le-%c2%ab-boucher-%c2%bb-de-tuol-sleng-devant-ses-juges/">mon bouquin sur le Cambodge.</a> Puis comme nous le faisions jadis, nous parlons politique. Obama, Sarkozy, Ahmadinejad, Kim Jong Il ! Tout y passe, y compris la position de son pays sur les évènements du monde. Sa critique est toujours aussi acerbe sur ses anciens camarades de combat. La nouvelle règle de conduite des communistes vietnamiens c’est enrichissez vous ! Je me risque à lui dire qu’il me semble qu’en la matière ils suivent la voie chinoise. Bah me dit il, il y a un grand débat entre les intellectuels chinois et vietnamiens. Nous pensons être les premiers habitants de la chine, avant les Hans ! bien sûr ils ne le reconnaîtront jamais. Comme toujours avec Nghi, l’excessif masque la vision réaliste des progrès de la société mais lui, en philosophe pessimiste, pense que l’égoïsme et l’irresponsabilité vont tuer l’humanité. La révolution ne sert à rien conclu t’il. Je regagne l’hôtel le cœur plein de nostalgie en repensant à la vie de ce couple fusionnel qui a tant œuvré pour la justice et les enfants. Je veux mettre tout en ordre ici avant de rejoindre Hoa m’a dit Nghi en me quittant. Décidément il faut que j’écrive aussi sur cette partie de ma vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Le Vietnam, je l’ai découvert il y a presque trente années, dans les conditions que j’ai indiqué ailleurs . Hôchiminh-Ville, la Saïgon des français et des américains a évidemment beaucoup changé. <span id="more-551"></span>J’étais arrivé dans la matinée à Than Son Nut, ce 30 juin, après un stop à Singapour. Comme ce fut le cas en 2003, lors de ma dernière visite au Vietnam, le passage de la police fut très rapide et les contrôles douaniers inexistants. Seul sentiment d’agacement une fiche de police à remplir en trois exemplaire et des documents sanitaires relatif aux épidémies de grippe dont on se demande l’intérêt, relique d’une manie de fichage qui date de loin et qui a été renforcée par les colonisations successives (chinoise et française) et par l’occupation américaine. Ce qui frappe au premier abord c’est que toute cette jeunesse qui s’écoule, comme il y a trente ans, dans la rue le fait maintenant dans le bruit infernal des « scoots » qui ont remplacé la bicyclette vietnamienne. Les <a href="http://www.gilbertbereziat.fr/2009/06/30/iran-remaniementretour-sur-la-semaine/">péripéties avionesques que je venais de subir à Roissy</a> m’ont retardé de 24 heures et une jeune femme m’attend à la sortie pour me conduire sur le campus de l’<a href="http://www.vnu.edu.vn/en/">université nationale du Vietnam</a>. Elle est située en banlieue, dans le district de Tu Duc. Tu Duc, nouvelle zone économique qui a du mal, à décoller et qui porte le nom du dernier empereur de la dynastie des N’Guyen, celui qui dû plier sous le joug français. J’arrive à la fin de la cérémonie de remise des diplômes de la première promotion d’un master délocalisé co-organisé par l’UPMC et Bordeaux. On me demande de faire une brève déclaration en complément de mon message écrit qui a été lu et traduit en m’attendant. Je dis brièvement ma certitude que l’amitié franco-vietnamienne est une réalité mais que nos universités devront désormais vivre par elles-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les discussions qui vont suivre avec les autorités de l’université nationale j’insiste sur la nécessité que créer des équipes de recherche au sein de l’université pour permettre que cette formation soit progressivement « vietnamisée ». Nous convenons avec le représentant de Bordeaux d’examiner la possibilité d’une action concertée dans ce domaine. Puis c’est la rencontre avec une trentaine d’étudiants qui suivent l’enseignement de la première année du master, ils nous expriment librement leurs satisfactions, leurs critiques et s’inquiètent de la valeur en France du diplôme qu’ils recevront. Je leur explique que, contrairement à ce que font les universités américaines dans la région, le diplôme étant identique, les droits qu’ils confèrent sont les mêmes mais que ces droits s’accompagnent aussi d’une compétition pour les emplois et que la France n’est pas plus l’El Dorado que les Etats-Unis. Oui, ils peuvent venir en France pour faire un doctorat comme cela va être le cas  pour une poignée des nouveaux diplômés de la première promotion. Mais il leur faudra décrocher le financement nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le lendemain, après la rencontre de politesse au consulat, une maison que j’ai jadis pas mal fréquentée du temps du consul Jean-François Parot et de son perroquet, je m’envole vers Hanoï. Dans l’avion je feuillette « Vietnam Economic News », j’y trouve une longue interview de Dang Ngoc Tung, président de la confédération Générale des travailleurs du Vietnam. Il y décrit ainsi la nouvelle ligne de son syndicat : <em>« Ushered into a period of economic renovation that was initiated by the party, the Vietnam General Confederation of Labor, particularly and trade union organization generally have focused on reforming operational model to effectively protect the laborer legitimate interest, take part in social and economic management, and launch creative emulation movements to boots production and business efficiency. »</em> Un rêve pour Nicolas Sarkozy d’avoir de tels syndicats. Mais je doute que nos archéo-syndicalistes de l’UPMC goûtent ce genre de littérature. J’arrive en fin de journée à Noi Baï, toujours un cran au dessous de l’aéroport d’Hôchiminh-ville. Après la panne d’avion à Roissy, voici la panne de taxi en pleine campagne. Plein campagne ? voire ! car entre le nouvel aéroport et Hanoï, là où il n’y avait strictement rein il y a dix ans, ce ne sont que construction et remue ménage. Le dépannage s’effectue grâce à un second taxi qui malgré les protestations du premier accepte de me prendre en charge à l’impromptu. Et oui, la concurrence joue aussi maintenant au Vietnam !</p>
<p style="text-align: justify;">Une heure plus tard je suis à <a href="http://www1.hilton.com/fr/hi/hotel/HANHITW-Hilton-Hanoi-Opera-hotel/index.do">l’hôtel Hilton Opéra</a> tout près du lieu où fût proclamée l’indépendance du Vietnam en 1945. Les relations entre la France et le Vietnam auraient pu être d’une autre facture si le dernier « moine soldat », l’amiral Thierry d’Argenlieu, n’avait pas canonné sauvagement le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/H%E1%BA%A3i_Ph%C3%B2ng">port de Haïphong </a>le 23 novembre 1946, faisant près de 6000 victimes au grand dam de Jean Sainteny alors haut fonctionnaire. Un taxi m’emmène, au temple de la littérature, que je tiens à visiter à chaque fois que je passe à Hanoï, pour rendre hommage aux ancêtres des forcenés des concours. Bâti en 1070 en l’honneur de Confucius, Ly Thanh Tong étant empereur, il devint deux siècles plus tard la première école supérieure destinée aux enfants des mandarins. C’est au XVème siècle, bien avant l’empire napoléonien, que certains élèves des provinces furent recrutés par concours même s’ils étaient d’origine populaire. Richard Descoings n’a donc rien inventé ! Mais à la différence de nos mandarins énarques et X-Mines-Ponts, les hauts fonctionnaires n’étaient par recrutés par des concours formatés, pour ne pas dire frelatés. Il y en avait quatre qui portaient sur la pensée morale confucéenne, la poésie, l’histoire etc. Le génial système français n’est donc qu’une pâle copie de mœurs d’un autre âge.</p>
<p style="text-align: justify;">A Hanoï, le néo-colonialisme français souffle ses dernières braises, l’ambassadeur de France qui me reçoit fort aimablement m’explique qu’il pilote, en tant que représentant de Nicolas Sarkozy, le projet de création d’une nouvelle université à la demande des vietnamiens. Curieusement, cette université ressemble terriblement à une de ces « écoles » dont la république française est friande, on ne s’embarrasse ni des disciplines de base, ni des humanités, on recrutera les étudiants après la licence et évidemment l’excellence y règnera en maître et partout. Mais comme il n’y a pas d’argent, on s’efforcera de faire payer les autochtones et les pauvres universités françaises déjà désargentées seront priées de verser leur obole. Je suis un peu dubitatif qu’un tel attelage permette au Vietnam de faire face à la massification de la formation que le comité central du parti a mis à l’ordre du jour. Mais après tout, s’il y a des volontaires qu’ils s’y collent. Et avec les 5 à 8 000 étudiants de cette « université d’élite » il est sûr qu’en un quinquennat, ils pourront former tous les cadres permettant d’encadrer 2 millions d’étudiants supplémentaires ! Hanoï change, elle rattrape sa grande rivale du sud qui autrefois lui faisait la nique. Elle s’agrandit à toute vitesse elle s’apprête à doubler sa population laquelle pousse les murs des rues étroites. Combien d’anciennes demeures coquettes vont être englouties dans cette aventure ?</p>
<p style="text-align: justify;">Après cette visite au Vietnam je m’envole pour Singapour. Là c’est du sérieux, les trafiquants de drogues risquent leur tête et il est interdit de cracher ou de jeter des papiers par terre sous peine de forte amende. Mais l’île aux puces offre à ses habitants un produit intérieur brut de 21 000 dollars par tête. Les universités françaises y sont invisibles et ignorées. Même si, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Classement_acad%C3%A9mique_des_universit%C3%A9s_mondiales_par_l%27universit%C3%A9_Jiao_Tong_de_Shanghai">classement de Shanghaï</a> oblige, je suis reçu par le boss des programmes doctoraux de <a href="http://www.a-star.edu.sg/">A*Star</a>, l’homologue du CNRS. Dès cette année cinq étudiants du double cursus de licence Sciences et Sciences Sociales ont passé leur troisième année au sein de l’université nationale. Il y ont fait, parait-il, bonne figure. Comme je le fais toujours quand je me déplace dans un pays étranger j’ai rendez vous à l’Ambassade, j’y arrive dix minute avant l’heure. Mon interlocuteur n’étant pas revenu de déjeuner on me fait poireauter vingt minutes dans la casemate qui sert de SAS d’entrée. Ici pas de problème, le service d’ordre est sous traité aux sociétés privées, pas de trace de nos traditionnels gendarmes préposés aux ambassades. Bref, vous l’aurez compris à Singapour comme ailleurs, il vaut mieux être 5ème sous fifre de polytechnique que vice président de la première université française car ce n’est pas ce modèle que nos diplomates s’efforcent de vendre. Mais franchement, comme ils n’ont rien à nous apporter, on se passera d’eux et j’ai soigneusement évité de leur donner matière à rédiger leurs rapports d’activité.</p>
<p style="text-align: justify;">Paris le 9 juillet 2009.</p>
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		<item>
		<title>A l’Est, douloureusement du nouveau, en France la morosité.</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Jun 2009 07:47:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[De retour à Téhéran, la veille de mon départ pour Bakou, j’assiste chez des amis, en sirotant un Bloody Mary du feu d’Allah, au débat historique Ahmadinejad/Moussavi. J’ai la traduction en direct, c’est vraiment chaud. Je les quitte avant la fin, personne dans les rues, toute la ville est devant la télévision. Le lendemain, dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/rezavaziri/3628215198/in/set-72157619761052710"><img class="aligncenter size-full wp-image-510" title="credits : Reza Vaziri - flickr" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2009/06/iran.jpg" alt="credits : Reza Vaziri - flickr" width="497" height="71" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.gilbertbereziat.fr/2009/06/09/vers-les-marches-de-l%e2%80%99orient/">De retour à Téhéran</a>, la veille de mon départ pour Bakou, j’assiste chez des amis, en sirotant un Bloody Mary du feu d’Allah, au débat historique Ahmadinejad/Moussavi. J’ai la traduction en direct, c’est vraiment chaud. Je les quitte avant la fin, personne dans les rues, toute la ville est devant la télévision. Le lendemain, dans la voiture du ministère de l’enseignement supérieur, en route vers l’aéroport, nous franchissons au ralenti l’immense cohorte qui se dirige vers le gigantesque mausolée de Kohmeini où l’actuel guide suprême va déclarer son soutien à Ahmadinejad. Mon accompagnateur me raconte qu’une grande partie des iraniens présents sont là contre salaire. Ici aussi, on achète les voix. L’aéroport est désert, après avoir passé assez facilement la sécurité et la douane, négocié un surcroît impressionnant de bagages, l’ATR 72 d’Azerbaïjan airlines m’emporte vers Bakou. Quel contraste à l’arrivée, on est vraiment en Europe n’en déplaise à Nicolas Sarkozy. J’y avais fait une courte visite en 1983 mais je ne reconnais rien excepté la mer, les complexes chimiques datant de l’époque soviétique et les grandes avenues. Mon hôtel est dans la vieille ville sur la colline dont la restauration se fait à un rythme accéléré mais sans grand souci d’authenticité.<span id="more-509"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Visiblement l’argent du pétrole circule au pays des Mèdes du nord et c’est la raison de ma présence puisqu’une fraction est utilisée pour un programme de formation des étudiants à l’étranger : ils veulent former 5000 docteurs en 10 ans. Le schéma est simple, une cinquantaine d’étudiants par an sont envoyés à Besançon pour y apprendre le Français contre espèces sonnantes et trébuchantes, puis dirigés dans une dizaine d’universités choisies par eux. Ce dernier aspect irrite le ministère français car, pour les Azerbaïjanais évidemment, Paris est une destination privilégiée. Cependant il y a un peu d’arnaque de part et d’autre, profitant si j’ose dire de la baisse du dollar, les Azerbaïjanais ne veulent plus payer le stage à Besançon. De l’autre côté, les autorités françaises ont accepté à Besançon une dizaine d’étudiants en médecine de la 2ème à la 5ème année sans leur préciser qu’ils devraient néanmoins s’inscrire en première année du cursus français et passer un concours avec des chances très faibles, voire nulles, de réussite ! Je leur promets d’écrire à la ministre pour protester et trouver une solution. Après avoir visité l’université médicale qui parait assez dynamique, nous sommes reçus en grande pompe par le ministre, homo sovieticus survivant, en présence des représentants de l’ambassade qui présentent leurs louanges et implorent quelques modifications au système coopératif. Du fait des salamalecs, nous arrivons en retard à l’université nationale. Où nous sommes reçus en grande pompe par le président qui m’offre un Whisky Perrier et un  déjeuner, puis à l’Académie des Sciences. Le lendemain, visite au directeur général de Total Bakou (pétrole quand tu nous tiens !). Séjour bref mais intense.</p>
<p style="text-align: justify;">Le débriefing avec le jeune vice ministre et son assistant a lieu dans un excellent restaurant. Ils sont très ouverts, moins naïfs qu’il n’y parait et particulièrement lucide sur leur pays. Le troisième jour, dans l’attente de l’avion du soir qui va me ramener à Paris, le chauffeur du ministre m’emmène au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9serve_de_Gobustan">Gobustan</a> pour me faire visiter, dans un paysage chaotique, quelques unes des 6 000 gravures témoignant de 400 siècles d’art rupestre. En descendant du plateau, nous allons saluer les inscriptions romaines sur un rocher émergeant du sol dont tout le monde s’accorde à dire qu’il constitue la limite extrême de l’avancée romaine vers l’orient. N’oublions pas que l’Azerbaïjan faisant partie de l’empire Parthe et qu’il est peuplé de descendants des mèdes, comme le nord de l’Iran.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce voyage fut une belle occasion pour moi de toucher du doigt les conséquences de l’époque soviétique. Toutes ne sont pas négatives, laïcité, droit des femmes, instruction de base, mais aussi corruption, mise en place d’une oligarchie de clans, désastre écologique d’une industrialisation sans contrôle. Le retour vers Paris s’effectue le dimanche 7 juin et l’avion atterrit à l’heure à Roissy. Dans le taxi qui me ramène à mon domicile j’apprends les résultats du scrutin européen : une abstention record, l’UMP qui sauve la face, les écolos qui peuvent plastronner, l’échec laisse le PS désorienté ou plutôt sans boussole et la déculottée de Bayrou qui va l’obliger à s’allier pour de bon à la gauche et aux verts. Le PACS Mélanchon Buffet qui s’imagine être la force neuve montante arrivé avant le petit postier qui distance l’Ersatz de Laguiller. Pauvre PS qui n’a pas de programme et qui tente de surfer sur le mécontentement alors que le pays veut une nouvelle orientation. Dix pour cent du peuple a voté par défaut pour le parti présidentiel, mais ni les ouvriers, ni les jeunes, ni les intellectuels ne se sont déplacés. C’est mal barré pour 2012. Seule bonne nouvelle <a href="http://www.vousnousils.fr/page.php?P=data/autour_de_nous/l_actualite_du_jour/depeches_de_l_educat/&amp;key=20090610&amp;key2=090609184214.uauaayz4.xml">Huchon annonce 900 M€ sur 10 ans pour le plan campus en Ile de France</a> mais les conditionne, euro contre euro, au financement de l’Etat lequel est toujours aussi nébuleux. A la rencontre avec Huchon je réclame des négociations directes avec les universités autonomes nonobstant les déclarations du ministère. Affaire à suivre.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme il était prévisible, les hommes de mains sont intervenus vendredi en Iran, il était indispensable pour la faction extrémiste du régime que l’élection se fasse au premier tour. La fraude aurait été très difficile à cacher au second avec ce taux de participation. Ils y sont arrivés, mais à un prix élevé pour le régime car il est flagrant maintenant que les étudiants, les élites et les populations urbaines sont en rupture avec un régime qui ne tient que par sa milice et une faction du clergé. L’Iran est entré dans une période extrêmement dangereuse. Dans ce contexte, la frilosité n’est plus de rigueur,<strong> les universités françaises doivent s’engager auprès des universitaires iraniens</strong> comme elles l’ont fait dans le passé pour d’autres pays. Dans le même temps, la France doit cesser ses tracasseries sur les visas car l’immense majorité des étudiants est acquise au changement et ce sont eux le devenir de l’Iran.</p>
<p style="text-align: justify;">Palaiseau le 15 juin 2009</p>
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		<title>Vers les marches de l’Orient.</title>
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		<pubDate>Tue, 09 Jun 2009 15:05:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Carnets de voyage]]></category>
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		<description><![CDATA[Vendredi 27 mai, en partance pour Téhéran, je me prépare à l’abstinence en sirotant quelques whiskys dans le salon de l’aéroport d’Orly. Je tombe par hasard sur le « Canard Enchaîné » daté du 27 mai. Je n’en crois pas mes yeux, notre VRP suprême, en visite dans les Emirats arabes unis, était accompagné d’une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.flickr.com/photos/mfakheri/1396343056/"><img class="aligncenter size-full wp-image-496" title="credits: mohammadali - flickr" src="http://www.gilbertbereziat.fr/wp-content/uploads/2009/06/teheran.jpg" alt="credits: mohammadali - flickr" width="497" height="71" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Vendredi 27 mai, en partance pour Téhéran, je me prépare à l’abstinence en sirotant quelques whiskys dans le salon de l’aéroport d’Orly. Je tombe par hasard sur le « Canard Enchaîné » daté du 27 mai. Je n’en crois pas mes yeux, notre VRP suprême, en visite dans les Emirats arabes unis, était accompagné d’une délégation nombreuse : Claude Guéant, naturellement, peu de ministres (4, pour que le précédent n’ait pas trop de personnes à surveiller), et de nombreuses vedettes du CAC 40 dont Serge Dassault. Mais je n’ai pas trouvé la moindre trace de Georges Molinié ou de Christine Albanel ! Pourtant, au jour où nous sommes, les seules exportations réelles dans les Emirats ce sont la Sorbonne et le Louvre à Abou Dhabi ! Il va falloir qu’il s’y fasse, notre Président. Dans le monde, les universités et la culture représentent bien plus l’esprit français que l’armement ¹ et l’industrie. Je rêve du jour où, en homme pragmatique qu’il est, il voyagera aussi avec le président de l’UPMC.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais qu’ai-je à faire au pays des Perses, dont le nom est connu depuis l’empire Achéménide, soit près de 45 siècles ! Je pourrais dire que le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cylindre_de_Cyrus">cylindre de Cyrus </a>(qui y régna plus de 5 siècles avant notre ère) contient la première déclaration des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Droits_de_l%27homme">droits de l&#8217;homme</a> ; je pourrais dire encore que des traces de vin datant de plus de 70 siècles y furent retrouvées ; où encore que le premier <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Centre_hospitalier_universitaire">centre hospitalier universitaire</a> du monde y a vu le jour à <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Acad%C3%A9mie_de_Gundishapur">Jundi-Shapur</a>, au 3e siècle ; ou enfin, que le mot ?r?n shahr signifie « royaume ou terres des Aryens ». C’est, plus simplement, qu’après le Liban, la Syrie, l’Israël-Palestine, l’Egypte, le Kurdistan Irakien, notre université se devait de visiter les universités de ce pays. Six universités à Téhéran et à Chiraz et le ministère de l’Enseignement supérieur, tel est mon programme. Le tout en cinq jours.<span id="more-494"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Situé au nord-est  de la plaine mésopotamienne, au-delà de la chaîne du Zagros qui s’étend des montagnes d’Arménie jusqu’au golf d’Omman, le plateau iranien a subi tout au long des siècles, bien que de manière atténuée, les influences de peuples qui successivement habitèrent la plaine fertilisée par le Tigre et l’Euphrate (civilisations sumérienne et akkadienne) et des civilisations élamites au nord, qui s’étendirent jusqu’à la frontière pakistanaise. Entre le XXème et le Xème siècle avant notre ère, les Mèdes et les Perses, provenant d&#8217;Asie centrale s’installent progressivement sur le plateau iranien. Ils parlent une variété de dialectes appartenant à la famille des langues indo-européennes, apparentées à l&#8217;avestique et au sanscrit védique. Leur religion est celle d&#8217;Ahura-Mazda, (réformée par Zoroastre vers le VIème siècle avant notre ère). Mazdéisme puis Zoroastrisme ont prévalu pendant plus de treize siècles, jusqu’à l’arrivée de l&#8217;Islam. Tandis que les Mèdes se sédentarisent progressivement dans la partie septentrionale de l’Iran et dans les contrées limitrophes, les Perses, chassés de l’Anatolie orientale par le développement de l’état d’Urartu, poursuivirent leur déplacement vers le sud le long de la crête orientale du Zagros pour se fixer dans la région sud de l’Iran. Ils donnèrent à ce pays le nom de Parsu, le Fars actuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux états vont se livrer une concurrence acharnée pendant plusieurs siècles. Les Perses prenant l’avantage sous les dynasties achéménides de Cyrius et de Darius, les Mèdes dont la capitale, Ecbatane se situe dans le nord reprirent le dessus par la suite et étendirent leur influence vers l’est du plateau, jusqu’à la Bactriane, non sans qu’auparavant le roi mède, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyaxare">Cyaxare</a>, s’allie au roi chaldéen de Babylone, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Nabopolassar">Nabopolassar,</a> pour en finir avec le royaume assyrien. De nombreux doutes subsistent quant à la réalité de l’état fondé par les Mèdes et les Chaldéens. Plusieurs historiens suggèrent que leurs descendants constitueraient les <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Kurdes">Kurdes </a>actuels. Pendant une brève période, les trois peuples cohabitèrent au sein d’un empire achéménide vacillant, puis les Perses se séparent définitivement des Mèdes vers le milieu du sixième siècle avant notre ère. Deux cents ans plus tard, un jeune général macédonien, Alexandre, après avoir une première fois écrasé une armée de Darius III en 333 à Issus en Turquie, l’affronte de nouveau à Gaugamèle sur les rives du Tigre. Malgré un avantage numérique, l’armée de Darius est une nouvelle fois défaite. Il se réfugie à Bactiane où il sera assassiné par son cousin. C’en est fini de l’empire Perse. Persépolis, sa capitale, est investie par Alexandre qui la quitte en la laissant en flammes. Dix ans plus tard, à 34 ans, Alexandre décède à son tour. Ses capitaines se partagent l’empire et aux cours des luttes incessantes qu’ils se livrent, un nouveau peuple, les Parthes, va tenter de recréer l’empire achéménide. Il sera reconstitué sous la dynastie des Sassanides, issue d’un prêtre du temple d&#8217;Anahîta, près de l&#8217;antique <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pers%C3%A9polis">Persépolis</a>, qui régna sur l’Iran à partir du troisième siècle de notre ère jusqu&#8217;à l&#8217;invasion musulmane des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Arabes">arabes</a> en <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/651">651</a>. Cette période constitue un <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%82ge_d%27or">âge d&#8217;or </a>pour la Perse tant sur le plan artistique que politique et religieux. On considère l&#8217;ère sassanide comme l&#8217;une des périodes les plus importantes de l&#8217;histoire de l&#8217;Iran. Sous bien des aspects, elle représente l&#8217;accomplissement au plus haut degré de la civilisation Perse.</p>
<p style="text-align: justify;">En 637, cinq ans après la mort de Mahomet, a lieu la bataille de Qadissiya, au sud-ouest de l&#8217;Irak. A la tête de trente mille volontaires soutenus par des cavaliers, le Général Saad affronta l&#8217;armée perse commandée par le général perse, Rostom, forte de cent vingt mille hommes. Contre toute attente, Saad mit en déroute les Perses zoroastriens et leurs alliés arabes polythéistes. L’Iran est ensuite rapidement conquis. La conversion à l’Islam est progressive jusqu’au IXe siècle. L’Iran a été islamisé, mais n’a jamais été arabisé et aujourd’hui encore, les Perses sont majoritaires en Iran  et les arabes extrêmement minoritaires. La conversion au <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Chiisme_duod%C3%A9cimain">chiisme duodécimain</a> a lieu au XVIe siècle, sous l’impulsion d’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ismail_Ier">Ismail Ier</a>, afin de créer une identité iranienne spécifique face à la domination des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_ottoman">Ottomans </a>sunnites. Les sunnites qui refuseront d’obtempérer seront punis de mort. Par contre les autres minorités, zoroastriennes, juives et chrétiennes seront relativement protégées. La dynastie des séfévides qui s’installe va créer une théocratie unique dans le monde arabo-musulman qui lui permettra de résister à l’empire ottoman. A son apogée, au début du XVIIe siècle, le Shah Abbas transfère la capitale à Ispahan et sépare le pouvoir temporel du pouvoir religieux, créant ainsi une hiérarchie religieuse qui sera la cause principale du déclin d’un empire qui englobait alors la Géorgie, l’Irak et l’Afghanistan et, trois siècles plus tard, sera fatale à Mohamed Reza Palhavi.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, sous les dynasties Zand et Kadjar, la Perse va devenir un terrain de dispute pour l’Europe. L’Angleterre s’installe en Afghanistan et fait pression sur le sud tandis que la Russie entreprend la conquête du Caucase et les Shahs se tournent alors vers la Grande Bretagne pour contrer cette progression. Dans le même temps, et difficilement, on assiste à une première modernisation du pays. Le despotisme de la dynastie Kadjar finissante aboutit, sous la pression populaire, des intellectuels et l&#8217;adhésion d&#8217;une partie du clergé et des grands marchands, à une révolution constitutionnelle qui limite les pouvoirs du Shah en 1906. Durant la première guerre mondiale, le pays est occupé par les forces ottomanes, britanniques et russes et, en 1925, la dynastie Ghajar est destituée par le Parlement. Reza Khan, le puissant ministre de la guerre, est nommé Premier ministre, puis accède au Trône du Paon sous le nom de Reza Shah Pahlavi. Celui-ci mène alors une politique ambitieuse de modernisation et d’indépendance vis-à-vis des Anglais et des Russes, se tournant vers l’Allemagne, la France et l’Italie, et fait adopter le nom d’Iran. La même année, il interdit le port du voile par les femmes et oblige les hommes à s’habiller à l’occidentale. Pendant la seconde guerre mondiale, les alliés déposèrent le Shah, qui avait refusé d’expulser les allemands et pris une attitude neutraliste, pour le remplacer par son fils Mohamed Reza. Par ailleurs, les soviétiques encouragèrent la constitution d’un parti communiste influent dans la zone azérie. A l’issue de la guerre, une confrontation politique eut lieu entre le premier ministre nationaliste <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammad_Mossadegh">Mohammad Mossadegh</a>, élu par le parlement, et le jeune Shah. Ce dernier renversa le Premier ministre en 1953, grâce à un coup d’Etat préparé à l’aide de la CIA. Ce régime parlementaire autoritaire entreprit des réformes agraires, une extension des droits de vote aux femmes et l&#8217;élimination de l&#8217;analphabétisme. Des projets majeurs de construction d&#8217;infrastructures en Iran furent menées et, grâce à l’expansion économique, une classe moyenne nouvelle émergea en moins de deux décennies. Cependant, cette politique mécontenta fortement la faction cléricale chiite et laissa de côté la majorité rurale du pays. L’Iman Ruhollah Al-Moussawi Al-Khomeiny, dont le père, d’origine Seyyed non assurée, comptait parmi les grands oulémas de son époque, prend la tête de la révolte. Interné puis libéré, il se réfugie en France et sera à la pointe d’un puissant mouvement qui, prenant appui sur la crise économique qui commence en 1975, aboutit à une véritable révolution. Khomeiny en devient le guide suprême le 11 février 1979. La gauche iranienne fit alors une analyse erronée de la situation et sous-estima en la circonstance l’influence du clergé chiite sur les populations paupérisées. Comme toujours, dans ce cas, l’alliance entre les forces progressistes et les mouvements conservateurs tourna à l’avantage de ces derniers. La république islamique était crée. Un an plus tard les femmes furent voilées et la prohibition de l’alcool déclarée.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré cela, oui, l’Iran est un beau et subtil pays. A Chiraz les tombeaux de Sa’di et de Hafez sont situés dans des jardins magnifiques, les seuls endroits où j’ai vu des tombeaux de professeurs de l’université côtoyer ceux des poètes. Aujourd’hui les iraniennes viennent y réciter des vers et, à la tombée de la nuit, y rencontrer leurs amoureux. Les Mollahs n’en peuvent mais :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>« Ses longs cheveux étaient dans le désordre, son visage était chaud et couvert de rosée,<br />
Ses lèvres souriaient, son col de chemise tombait légèrement à part<br />
Elle chantait une poésie d&#8217;amour, elle avait un gobelet de vin à sa disposition<br />
Et elle était légèrement hors de contrôle<br />
Ses beaux yeux étaient belliqueux et ses lèvres exprimaient des regrets<br />
Elle est venue la nuit passée à minuit à mon chevet et s&#8217;est assise<br />
Elle approcha sa tête à mon oreille et avec une voix douce elle m&#8217;a dit :<br />
Ah, mon amoureux fidèle, êtes vous somnolent ?<br />
Un amoureux à qui un vin si nocturne est offert est infidèle à l&#8217;amour s&#8217;il ne devient pas un adorateur de vin<br />
O Puritains, éloignez vous et ne blâmez pas les Libertins qui boivent du vin jusqu&#8217;à la lie<br />
Puisque à part l&#8217;amour, aucun cadeau ne nous a été fait au premier jour du monde<br />
Nous avons bu ce que l&#8217;aimée versa dans notre tasse<br />
S&#8217;il était du vin pur du paradis ou du vin de raisin<br />
Avec le vin mousseux dans le verre et les cheveux longs et bouclés de l&#8217;aimée<br />
Combien de repentirs comme le repentir d&#8217;Hafez se sont cassés »</em></p></blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>A</em>près cinq heures de vol, mon airbus atterrit sans encombre et quasiment à l’heure prévue sur le tout nouvel aérodrome Imam Khomeni International. Le passage de la police se fait rapidement et sans demandes intempestives. Tout juste une poignée de frêles ombres en noir qui, telle une volée de corbeaux, semble guetter leur maigre pitance. Brigade des mœurs parait-il pour vérifier que les femmes ont bien mis le voile obligatoire. L’hôtel international Laleh est très convenable. De ma chambre, au 11ème étage, j’ai une large vue sur la ville et j’aperçois les montagnes qui l’environnent. Tous les jours je suivrais le manège des « techniciens de surface » qui nettoient consciencieusement le fond et le rebord de la piscine dans laquelle, bonnes mœurs obligent, on ne met jamais d’eau. Breakfast so british et cuisine moyenne orientale, j’ai connu cela ailleurs et j’ai mangé plus mauvais. Deux jours après mon arrivée, l’hôtel est investi par les mollahs qui viennent à Téhéran célébrer l’anniversaire de la mort du guide suprême de la révolution.</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs sujets agitent l’intelligentsia de Téhéran, la très prochaine élection de leur futur président bien sûr, la politique d’Obama et la personnalité de Sarkozy. L’élection d’abord.  Mahmoud Ahmadinejad n’est indiscutablement pas leur choix premier. Ils lui reprochent une posture « illuminée » en matière de politique étrangère, son amateurisme en politique économique et lui font endosser la corruption des élites théocratiques. Les femmes en ont ras la casquette de cette histoire de voile (punition de 20 coups de bâton pour les récalcitrantes). En ville, c’est à laquelle aura le jean le plus moulant, les fards les plus sexy, les cheveux les plus chatoyants et des foulards qui ne cachent plus leurs magnifiques chevelures. Elles sont tout sourire, et beaucoup d’entre elles commencent à affirmer leur autorité et pas seulement lorsqu’elles sont à la maison. Mais ce peuple, qui en a vu d’autres, est je le crois avant tout pragmatique. Il s’aura s’adapter même si l’« illuminé » l’emporte pour un nouveau mandat, ce qui n’est pas assuré car son rival le plus dangereux, Mir Hossein Moussavi, même s’il reste dans la ligne officielle en ce qui concerne le nucléaire iranien, a promis de renouer des relations constructives avec le reste du monde. L’impatience est si grande que le régime a dû laisser organiser un face à face entre les deux principaux candidats retransmis sans censure par la télévision publique. Des coups rudes furent échangés : l’arrogance, l’intégrisme, la méchanceté d’un côté, la force tranquille de l’autre. Mais pour l’instant les plus lucides d’entre eux pensent que le maintien du premier au pouvoir signerait le début de l’effondrement iranien. La majorité que, de toute façon, le pouvoir réel n’est pas entre leurs mains.</p>
<p style="text-align: justify;">Or il ne servirait à rien de reproduire en Iran l’erreur de la deuxième guerre irakienne. Car toute l’intelligentsia espère que l’élection d’Obama va changer la donne. Ils répètent à qui veut bien l’entendre que leur élite a été principalement formée dans<strong> les universités des Etats-Unis, du Canada et de Grande-Bretagne</strong>. La diaspora iranienne est puissante dans ces pays. Ils disent qu’au début de la révolution (ils ne prononcent jamais le mot d’islamique) les relations n’ont pas été si mauvaises avec Israël et la France. L’attente est grande car ils considèrent, ce qui est patent, qu’ils ont fait des efforts importants pour la formation des jeunes. Ils insistent sur le fait que beaucoup de jeunes filles font des études supérieures. Et de fait, elles sont en majorité sur les <strong>campus</strong>. Quant à l’attitude de la France à leur encontre ils ne la comprennent pas, sauf que se sont les universités allemandes qui se sont précipitées en Iran, pas les françaises, malgré les efforts désespérés et pas toujours opportuns des services scientifiques de l’ambassade. Ils se plaisent à rappeler que l’Iran est sans doute le pays du Moyen-Orient, après le Liban, où la francophonie est la plus appréciée. Beaucoup d’étudiants et d’étudiantes souhaitent venir à Paris. La Sorbonne est réputée. Ils savent que les mathématiques françaises sont excellentes. Ils veulent venir apprendre les sciences dans les laboratoires français et leurs enseignants veulent développer des coopérations avec nous. Ils pourraient constituer un formidable vivier pour nos laboratoires. Dans ce contexte, le fait que les visas n’arrivent qu’au compte gouttes, malgré les accords signés, est délétère. Je leur explique que leur pays n’est pas le seul visé par des difficultés que les universitaires français ne comprennent pas non plus. L’embargo contre l’Iran en matière scientifique a quelques résultats étranges car quel est l’intérêt de bloquer l’achat de petits spectromètres de masse dédiés à la protéomique indispensable pour la mise au point de nouveaux vaccins, ou de microscopes de dernière génération ? Il se double pour la France de restrictions qui s’apparentent à une double peine et sont particulièrement stupides puisque les étudiants refoulés trouvent aisément leur place dans d’autres pays de la communauté européenne (Danemark, Suède, Allemagne) et donnent ainsi aux universitaires iraniens une image détestable de la France.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans toutes mes rencontres j’engage<strong> les universités iraniennes</strong> à dialoguer directement avec les universités françaises passées à l’autonomie. Je leur explique les marges de manœuvres dont elles disposent maintenant pour définir des programmes internationaux dans le cadre de leurs masters. Je leur montre comment, dans notre université, la réforme LMD a brisé les carcans administratifs et qu’il s’agit de faire preuve d’imagination. En réponse ils m’expliquent qu’une grande tournée des universités françaises avait été organisée mais que les résultats ne sont pas là. Curieusement, l’UPMC et les autres universités parisiennes avaient été évitées. Je m’aperçois donc au passage que ce ne sont pas seulement les évènements des derniers mois qui contribuent à éloigner de Paris les meilleurs étudiants étrangers.</p>
<p style="text-align: justify;">Je quitte Téhéran pour Bakou cinq jours après avec l’espoir que le peuple iranien saura choisir la voie de la sagesse et que la communauté occidentale ne se laissera pas entraîner par les oiseaux de mauvais augure qui rôdent de l’autre côté du Jourdain. J’en reviens avec la certitude que la communauté universitaire française doit être plus tenace dans son appui à la communauté universitaire iranienne, et que les despotes qui, démocratiquement, nous gouvernent ferait bien de méditer ces vers de Sa’di de Chiraz :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><em>« Un roi cruel demanda à un sage : &laquo;&nbsp;Quel est l’acte le plus pieux ? Le sage répondit : &laquo;&nbsp;Pour toi, c’est de faire des siestes pendant la journée pour que le peuple puisse respirer.&nbsp;&raquo; »</em></p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Tehéran le 4 juin 2009</p>
<h6 style="text-align: justify;">¹Depuis Napoléon on n’a plus gagné une guerre sans l’aide de nos alliés et on a pris quelques déculottées sévères : guerre de soixante-dix, enfoncement de nos lignes de défense en 1914, blitzkrieg nazi en 1940, première guerre du Vietnam en 1954, guerre d’Algérie en 1962</h6>
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