fév 14

C’est en ces termes que Patrick Mehr, président de Plunkett Lake Press[1], a titré un point de vue dans « Les Echos ». Constatant lors de son dernier voyage à Paris le pessimisme ambiant, tout particulièrement chez les jeunes, il le met en relation avec le fait que « la sélection et la formation des élites comptent toujours parmi les activités les plus importantes du gouvernement français : dès leur enfance, les jeunes Français se préparent à passer les examens et concours requis pour entrer dans les grandes écoles (créées en 1794). Devenus adultes, ces diplômés de l’Ecole polytechnique, de l’Ecole nationale d’administration ou de l’Ecole normale supérieure obtiennent automatiquement des postes de direction dans les ministères et dans les grandes entreprises… et sont assurés de ne jamais être sans emploi ». La solution qu’il propose pour inciter les jeunes Françaises et les jeunes Français les plus créatifs à créer leur propre entreprise, « abolir tous les grands corps de l’Etat », risque fort de déclencher un pityriasis multiforme à la noblesse d’Etat.
Et pourtant cette mesure, plus que les 50 000 suppressions de postes dans l’enseignement secondaire programmées en 2010 et 2011, serait en mesure d’être le déclencheur d’une nouvelle croissance. N’en déplaise au braiement des produits de la sélection à la française, c’est bien ce nœud gordien qui tient le pays en otage. Il doit être tranché. Berlusconi a sa mafia, la France a ses écoles. Depuis 1871 la France court après l’Allemagne, mais elle a toujours un train de retard. En 1971 elle croyait posséder la meilleure armée du monde, ce fût l’humiliation de Sedan. En 1914, elle croyait en une guerre de mouvement, les pantalons garance se firent hacher menu à la mitrailleuse et le cours de la guerre ne fût tranché qu’après l’entrée en guerre des États-Unis. En 1936 ce fût l’illusion de Maginot, le refus de développer l’arme d’attaque blindée et le retard dans la construction d’une aviation militaire alors que la république de Weimar puis le troisième Reich réarmaient en secret avec l’aide de l’union soviétique que nous snobions. La conséquence fut terrible en 1940 et nous subîmes la seconde raclée de Sedan. Plutôt que de se glisser dans l’Europe allemande d’Angela Merkel, qui, pour n’être évidemment pas du même tonneau que l’Europe Allemande nazie, considère d’abord ses propres intérêts, nous ferions mieux d’examiner avec soin ses actions.
Un exemple particulièrement éclairant de l’action délétère de la Noblesse d’Etat est la façon dont est exécutée la politique universitaire de Sarkozy. Lire la suite »
jan 31

Sur public Sénat, le 26 janvier, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a jugé « indécent », que les universités passées à l’autonomie se plaignent des moyens accordés pour 2011. La pauvre Chérie, elle avait l’habitude d’avoir une CPU soumise, après qu’elle eut arrosé quelques universités à sa botte[1]. Voici qu’elle ne supporte pas que la nouvelle direction ait déclaré que le budget alloué « risque d’en mettre certaines en difficulté ». Mais comme l’a remarqué le nouveau président de la CPU, le différentiel entre les classes préparatoires et les « grandes » écoles d’une part et les universités d’autre part reste considérable (40% d’écart).
Deux faits viennent, s’il en était besoin, illustrer comment la Noblesse d’Etat a repris la main sur les universités et combien Valérie Carabosse en exerce les basses œuvres. Le premier est la différence de traitement budgétaire des « grandes » écoles et des Universités intensives en recherche. La seconde est le renforcement de la filière ségrégative des classes préparatoires. Le gouvernement a décrété la pose dans le refinancement des universités intensives en recherche, celles-ci ne verront leurs budgets hors salaire croître que de 1,5% ce qui ne compensera pas les effets de l’inflation[2], en particulier parce que cette dernière est beaucoup plus forte sur les consommables de laboratoire, et ne permettra pas la jouvence des équipements dont les prix croissent évidemment plus vite que l’inflation du fait des innovations qu’elles incorporent. Dans même temps, les « grandes » écoles voient leur budget croître de 3,5%[3]. Qui plus est, bien qu’elle ait été obligée de reconnaître la sous-estimation des masses salariales des universités, ayant pris en 2009 et 2010 leur budget global en main, la compensation n’a pas été arrêtée. Dans le même temps, la ministre annonce l’ouverture de 40 classes préparatoires supplémentaires dont la moitié se fera en partenariat avec les universités[4]. Ce qui signifie que près de 40 000 heures d’enseignement et de colles, soit environ 400 emplois et au bas mot 1 million et demi d’euros, seront transférés vers les filières ségrégatives au sein d’un budget stagnant. Il est cependant impossible d’avoir une idée précise du phénomène puisque les grandes écoles prises individuellement ne publient pas leur budget consolidé et que le plus grand flou réside dans la part réelle que les lycées allouent à leurs classes préparatoires. Lire la suite »
nov 22

Le pouvoir avait laissé entendre qu’il formerait une équipe resserrée. Lorsque que François Fillon[1] démissionne le 13 novembre le gouvernement comporte 20 ministres dont 17 de plein exercice. Le nouveau gouvernement présenté par Claude Guéant comporte 22 ministres dont 15 de plein exercice. Le resserrement, tout relatif en nombre l’est idéologiquement. Le numéro deux du gouvernement sera Alain Juppé[2] à la Défense et non pas Jean-Louis Borloo à l’Environnement. Environnement qui rétrograde à la 4ème place avec Nathalie Kosciusko-Morizet[3] fille de gaulliste historique amputée de l’énergie, de la mer, des technologies renouvelables et des négociations sur le climat mais affublée du transport et du logement. L’inoxydable Alliot-Marie[4], chiraquienne historique reste à la 3ème place en prenant les Affaires étrangères. Certes le pâle Michel Mercier[5] arrive en 5ème place à la chancellerie, sans doute pour calmer la gens de la justice et du droit. Puis on trouve dans l’ordre Brice Hortefeux[6], et Xavier Bertrand[7], sarkozistes de choc, qui encadrent Christine Lagarde[8] (laquelle perd deux places).
Nicolas se débarrasse de plusieurs dossiers gênants, exit du ministère de l’immigration et de l’identité nationale, Hortefeux le Neuilléen fera l’affaire. Eric Besson est renvoyé à l’industrie rétrogradé au rang de ministre délégué auprès de Christine Lagarde où il remplacera le champion de moto gaffeur. Exit la Jeunesse et les Solidarités actives et Marc-Philippe Daubresse que Jean-François Copé draguera à la direction de l’UMP ! Parmi les promus on compte Maurice Leroy, ancien communiste recyclé par Pasqua en pseudo-centriste sera ministre de la Ville, mais sans le logement et les transports. On verra si ses classes au parti communiste le rendent populaires dans les banlieues, d’autres avant lui s’y sont cassés les dents. Patrick Ollier le prince consort de la dame des affaires étrangères sera chargé de réparer les bévues de de Raincourt dans les relations avec le parlement et ce dernier s’occupera de la Françafrique, c’est moins risqué. Autres promus, Laurent Wauquier, il fallait bien un normalien, Nadine Morano il fallait bien une franchouillarde et Chantal Jouanno il fallait bien une sportive.
C’est au niveau des secrétaires d’Etat que les coupes franches sont apparues, exit le nouveau centre, les borloophyles et les raffarinophyles : exit, Hervé Morin, Dominique Bussereau, Valérie Létard, Hervé Novelli, Alain Marleix, Hubert Falco, Anne Marie Idrac. Exit aussi la diversité, exit la beurette et la bobo sénégalaise, exit le pseudo-socialiste mulhousien. Neuf postes sont ainsi dégagés. Outre les promus, quatre secrétaires d’Etat ayant fait allégeance Lire la suite »
sept 28

Le samedi 19 septembre, j’ai participé au forum organisé à Lyon sous la houlette de « Libération » pour débattre avec Bernard Belloc de l’autonomie des universités. La semaine précédant cet évènement un journaliste de « Libé » avait réussi à me joindre en Patagonie pour s’inquiéter que Bernard Belloc et moi étions tous les deux d’accord sur ce sujet. Elle était effrayée par le fait que l’auditoire puisse être frustré de ne pas entendre les diatribes anti-LRU qui réunissent fièrement les gauchistes de SUD et le noyau dur des juristes conservateurs (SUD en épitoge selon une maxime maintenant célèbre). C’est sans doute pourquoi les deux journalistes initialement prévus pour modérer le débat se sont défilés et durent être remplacés au pied levé par une jeune collaboratrice d’un « think/thanks » de Delors.
Contrairement à leurs craintes, débat il y eut, car autant je suis d’accord avec Bernard Belloc sur le principe de l’autonomie, autant j’estime que l’on est loin du compte et que le dossier n’a pas beaucoup avancé depuis la promulgation de la loi. Par ailleurs, j’ai profité de cette tribune pour mettre en avant mon idée force : seules des universités autonomes et puissantes pourront mettre fin au système ségrégationniste, dual et obsolète de l’enseignement supérieur français. D’ailleurs, les réactions de la salle sur ce sujet furent tout à fait favorables. Partant de la démarche entreprise par la nouvelle administration américaine, j’ai montré qu’il y avait un abîme entre la politique libérale progressiste d’Obama et le libéralisme de Sarkozy. Lire la suite »
déc 30
Je voulais vous signaler que plusieurs blogs ont eu la gentillesse d’évoquer le mien : le blog Comcampus évidemment, de l’agence Campus communication qui accompagne mon « blogging » au quotidien, mais également le blog News grandes écoles. Plus récemment c’est le blog Sciences² de Libération à l’occasion d’un article sur le budget 2009 des universités qui a cité une de mes notes. Du côté des médias spécialisés, l’Officiel de la Recherche et du supérieur dans un article publié le 16 décembre 2008 évoque le lancement de mon blog et celui de Louis Vogel. Quant au livre « quand l’université se réveille », le numéro 122 de Vie universitaire lui consacre une fiche de lecture.
