Notes de la catégorie ‘Opinions’

Une hirondelle ne fait pas le printemps – One swallow does not a summer make.

août 27

Les résultats de la session 2010 du nouveau processus d’admission post baccalauréat a fait saliver le politburo de la conférence des présidents d’universités . Devant la  progression des vœux d’inscription en licence (+28%) et du recul des classes préparatoires dans les premiers vœux des bacheliers de l’année 2010 (-5%), elle déclare en effet :

« En ces temps de crise financière et de doute, l’effort accompli par les universités pour améliorer l’encadrement en licence et accueillir les étudiants dans leur diversité, des plus brillants aux plus en difficulté, commence à porter ses fruits ».

Mais l’examen des chiffres montre que cette tendance est extrêmement faible et qu’elle n’est pas à la mesure des enjeux. En effet, sur les quelques 650 000 élèves qui ont fait connaître leur choix cette année, le réveil pour les licences scientifiques et technologiques universitaires reste maigre. Alors que 223 780 élèves souhaitent faire un BTS, 118 968 entrer en IUT et 57 359 intégrer une classe préparatoire, ils ne sont que 20 588 à choisir une licence de sciences et technologie. Sur les 57 359 qui choisissent les classes préparatoires, ils ne seront guère plus de 6 000 à intégrer des établissements que l’on peut raisonnablement classer dans la catégorie des grandes écoles. La plupart d’entre eux seront condamnée à un moment où à un autre de rejoindre le cursus universitaire mal préparés à se confronter aux véritables défis de la recherche et de l’innovation. Et avec ses modestes moyens l’université devra faire avec.

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. L’évolution du dualisme français en matière de formation supérieure est inquiétante. L’enquête réalisée cette année par la revue « L’Etudiant » et qui a concerné 321 établissements disposants de classes préparatoires dont 80 établissements privés permet d’en faire le constat. Cette étude a concerné les années 2005 à 2009 ¹. Trois groupes de classes ont été considérées : Les classes préparatoires scientifiques, les classes préparatoires commerciales et les classes préparatoires littéraires. Les données indiquent les taux d’intégrations dans les 35 meilleures écoles (les vraies grandes écoles). Parmi les 30 654 (en progression de 6,2%) candidats recensés, 6 090 ont été admis. Dix-huit établissements trustent la moitié des admis alors que 80 n’en ont aucun.

L’intégration dans 27 écoles a été retenue pour ce qui concerne les classes préparatoires scientifiques (229 établissements dont 53 privés)² . En 2009, 21 450 élèves se sont présentés au concours d’entrée à ces écoles, 3 734 soit 18% on été reçus (en 2005, 3 502 sur 20 240 et 18,8%) mais les 15 premiers lycées (sur 229) y placent 53,6% des reçus alors que cinq ans auparavant elles n’en plaçaient que 45,5% En outre, 5 de ces lycées sont de Paris intra-muros, et 5 de la proche banlieue .

Les dix premiers établissements pour les classes préparatoires scientifiques

Pour les classes préparatoires commerciales Lire la suite »

Happy birthday to you Valérie !

juil 10

Anniversaire

J’aurais préféré vous le souhaiter joyeux, mais l’heure n’est pas à la rigolade dans le pays et plus particulièrement à droite, crise économique, réforme des retraites, chasse aux gaspillages et donc au bouclier fiscal oblige. Tout nous sépare, vous êtes née dans les beaux quartiers Alto-Séquanais et moi dans la banlieue ouvrière de Lyon, nous n’avons pas appris la même version du catéchisme, vous à l’Institution Sainte-Marie de Neuilly-sur-Seine, moi chez les « frères quatre bras » à Igny. Votre carrière est printanière la mienne en est à l’automne.

Image1Image2

Votre éducation secondaire s’est achevée dans une classe préparatoire du lycée privé Sainte-Geneviève « Ginette » à Versailles où vous avez pu parfaire vos humanités, la mienne à l’école nationale professionnelle du boulevard Raspail à m’essayer à l’ajustage, au tour et à la redoutable fraiseuse. Mon père fut ouvrier professionnel, ma mère secrétaire, le votre est économiste et universitaire, votre mère, après une formation littéraire, passa par Sciences Po. Lire la suite »

L’exception française

juin 30

l'exception française

Mon récent article sur le soixante dixième anniversaire de la débâcle de 1940, dans lequel je faisais retour sur les épisodes antérieurs de 1914 et de 1970 n’a pas eu l’air de plaire à certains adeptes de la méritocratie. Je leur conseille donc la lecture de deux livres qui jettent une lumière crue sur les acteurs de ces drames : L’impardonnable défaite 1918-1940 et Joffre, l’âne qui commandait des lions. Signe des temps, la déroute française en Afrique du Sud vient rappeler au pays que le choix des managers et des coachs n’a jamais été le point fort de notre pays et devrait nous conduire à plus de modestie, nous qui donnons des leçons au monde entier.

J’étais la semaine dernière à un séminaire organisé par Campus France à l’École supérieure des affaires à Beyrouth. On y débattait de la politique française en matière d’attractivité des étudiants étrangers. J’y ai fait la connaissance de Dominique Wolton directeur de l’institut des sciences de la communication du CNRS[1]. Individu étonnant qui ferraille contre les institutions méritocratiques, ce pourquoi il a toute ma sympathie, mais n’a pas compris que la défense de « l’Esprit Français » ne peut plus se faire aujourd’hui comme au temps de Montesquieu. Et voilà pourquoi l’on butte sur des alliances contre-nature dans notre pays. Nous savons tous que la « Lingua franca » des sciences « inhumaines » que sont les sciences économiques, les sciences managériales, les sciences naturelles et les sciences biologiques et médicales est l’anglais ou, plutôt, le globish. Nous avons été avec Richard Descoings les premiers à refuser la monoculture universitaire en créant les doubles cursus exigeants de sciences et sciences humaines en licence et maintenant en masters. Je réclame ardemment que l’on stoppe la dérive stupide des classes préparatoires scientifiques et de la première année de médecine. C’est donc sans complexe que je milite pour une révolution copernicienne de la formation des jeunes français afin de les faire sortir du splendide isolement où les a plongés une vision restrictive de l’exception française. En outre je suis de ceux qui pensent qu’il y a une crise mondiale de l’éducation. Lire la suite »

Paris Universitas requiem in pace ; Sorbonne Universitas virtutes cernuntur in agendo.

juin 21

Alliance Paris universitas

La semaine dernière, le 15 juin, l’assemblée générale de l’alliance Paris Universitas a prononcé à l’unanimité la dissolution de son association. Le lendemain, un concert organisé sur le campus des Cordeliers a célébré la naissance de Sorbonne Université. Le président exécutif de Sorbonne Université, Louis Vogel, y a célébré la renaissance au Quartier latin d’une université omni-disciplinaire. C’est une bonne nouvelle pour tous car, si elle s’en donne les moyens, Sorbonne Université pourra être la locomotive qui tire vers le haut les universités françaises contrairement à la CPU qui les englue dans le marais de l’uniformité. La fin de Paris Universitas n’en déplaise aux esprits chagrins, loin de traduire un échec, concrétise la fin d’un cycle, celui où les universitaires parisiens se consolaient de leur impuissance face au système méritocratique en se perdant dans des querelles dérisoires.

Paris Universitas tire son origine d’une rencontre stratégique entre Elie Cohen[1] et Jean Lemerle[2] qui en 1999 eurent l’idée de créer un incubateur[3] : AGORANOV. Cette initiative sera concrétisée par la création d’une association en décembre 2000 portée sur les fonds baptismaux par Bernard de Montmorillon[4] Jean Lemerle et Gabriel Ruget[4]. A la suite de mon élection à la présidence de l’UPMC, j’entrepris de renforcer les contacts avec Paris Dauphine et l’ENS. Dans le cadre de la réforme des formations supérieures en gestation, nous avons, de manière sélective, mis l’ENS en tête de nos coopérations scientifiques. Puis l’UPMC a prêté main forte à la fondation de l’ENS pour lui permettre l’importante opération immobilière de la Villa Pasteur 3 rue des Ursulines en prenant à notre compte une partie de l’immeuble pour qu’il reste entièrement entre les mains de l’enseignement supérieur public. Dès 2004, nous avons créé des spécialités de master associant sciences et management avec Paris Dauphine. Tout cela a conforté nos liens. Lorsque Bernard Bosredon a été élu à la présidence Lire la suite »

Joyeux anniversaire !

juin 14

Le sacre de Charlemagne

Le 16 juin 2010 on célèbrera l’anniversaire de la déculottée la plus cuisante subie par l’armée française depuis celle de Crécy en 1346, lorsque sa chevalerie fut décimée par les anglais[1]. En moins d’un siècle, ce fut la troisième défaite face à nos cousins germaniques, pourtant issus comme nous de l’empire que Carolus Magnus, roi des Francs, avait fondé plus d’un millénaire auparavant.

Du 10 mai au 22 juin 1940, date de la signature dans la clairière de Rethondes en forêt de Compiègne de la honteuse convention d’armistice  par le général Huntziger[2] accompagné du général d’aviation  Bergeret[3], du vice-amiral Le Luc[4] et de l’ambassadeur Léon Noël[5], 100 000 soldats français sont tués. C’est certes moins que les 250 000 morts en deux mois du début de la Grande Guerre que l’on peut porter à l’actif de l’âne polytechnicien qui commandait des lions mais autant que les 100 000 soldats français tués entre juillet et septembre 1970.

On a gaussé sur la disproportion des forces en présence. En réalité l’Allemagne ne possède pas une supériorité évidente si l’on compare les effectifs des armées respectives à la veille de la déclaration de guerre :

Joyeux anniversaire

En 1940 Le grand quartier général français draine des moyens humains considérables puisque 1770 personnes travaillent au sein de cet organisme à la fin du mois d’octobre 1939, dont près de 500 officiers. Si on ajoute le personnel des éléments rattachés au grand quartier général, on arrive, à cette même date, à un total de près de 6500 personnes, dont environ 760 officiers. Lire la suite »