Notes de la catégorie ‘Opinions’

Paris à la Larrouturou

mar 02

Plan Paris

C’est en ces termes que le blogueur d’histoires d’université salue le rapport de l’X-Pont du même nom annoncé avec tambours et trompettes par la ministre en campagne. Faire de Paris la plus belle métropole universitaire du monde, un sous-titre ronflant pour un rapport que les trois présidents de Sorbonne Universités ont qualifié de « partial et mal informé qui nie le principe même d’autonomie des universités. Décalé et anachronique, il ne répond pas à leurs attentes et à leurs besoins. Il s’agit en réalité d’oukases, mal argumentés, mal documentés, établis sans concertation ni avec les universités, ni avec les collectivités locales[1] »… Il faut dire qu’en 127 pages on a là la quintessence de tout ce qu’un technocrate de notre république peut produire en 18 mois. Véritable auberge espagnole d’établissements parisiens ou franciliens, à la notable exception du trio susmentionné[2], sans logique rationnelle eût égard à la loi d’autonomie des universités, il rejoindra au rayon des inutilités les nombreux rapports sur l’immobilier universitaire à Paris qui l’ont précédé.

La présidente de l’université Paris 3 se félicitait (Dépêche AEF n°120778 – réservé aux abonnés) que les prémices qu’elle avait consultés et qui confortaient « l’implantation de [son] université sur l’îlot Poliveau, tout proche de Censier […] pourrait constituer une solution idéale ». Prudente elle ajoutait cependant : « J’ai toutefois pleinement conscience que, pour des raisons tenant à l’échec passé[3] d’un projet similaire, l’évocation de cette hypothèse ne peut manquer de susciter des interrogations, voire de l’incrédulité ». Cependant, la présidente ajoutait que, « par rapport à cette situation antérieure, plusieurs éléments ont changé : ce nouveau projet Poliveau est inclus dans un schéma global de restructuration des implantations universitaires parisiennes, au sein duquel l’avenir immobilier de notre université est affirmé comme la priorité parmi les priorités ».

Elle a dû être pleinement rassurée par le courrier que les présidents de Paris 5 et de Paris 7 ont envoyé à leurs ouailles et qui réaffirment les priorités du PRES Paris Cité auquel Paris 3 participe dorénavant Lire la suite »

Retraites, chômage et égalité des chances !

fév 19

Retraites, chômage et égalité des chances !

S’insurgeant, sur le blog gaulliste libre, contre mes déclarations sur le chat du journal « Le Monde », un certain Laurent Pinsolle 34 ans de formation commerciale et, dit-il, passionné par la politique et l’économie depuis une vingtaine d’années m’accuse de défendre le modèle Etatsunien. Accusation relayée par Marianne 2. Le fait de constater qu’actuellement, c’est la nation qui s’endette pour payer les études des riches… Que l’on n’est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c’est que le système universitaire américain est une organisation en pyramide avec une base très large, community colleges de deux ans et colleges de quatre ans. Qu’en France c’est à partir de l’enseignement secondaire que se fait la sélection vers les formations les plus longues (je devrais dire la ségrégation) et qu’elle est réalisée avant le baccalauréat n’est pas franchement un scoop. Donc je persiste à dire que quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.

Le débat sur l’organisation scolaire s’est focalisé sur l’égalité des chances. Un chantre des classes préparatoires, lui-même enseignant en prépa au lycée Saint-Louis à Paris tente également dans un blog de défendre l’indéfendable. Il réfute, contre les faits, que les financements des classes prépa soient excessifs par rapport à leur rendement en terme de succès. Il oublie deux choses ; d’une part que la sélection en amont effectuée par les proviseurs des lycées possédant des classes préparatoires dès le mois de janvier rabat vers celles-ci la majorité des meilleurs élèves des sections S ; d’autre part que la myriade des écoles, qui pour la plupart n’ont de grand que le nom dont elles s’affublent, permet d’offrir une porte de sortie masquant ainsi les échecs : « on croit entrer à Polytechnique, on se retrouve à Pont-à-Mousson » ; enfin que le retour à l’université pour un « taupin » n’est pas considéré comme un échec par les statistiques ministérielles alors que c’en est bel et bien un. Dans ce blog il affirme : « les classes préparatoires, par leur fort contenu pluridisciplinaire, contribuent aujourd’hui de plus en plus à combler les lacunes culturelles et linguistiques que les différentes réformes du secondaire ont contribué à produire. Alors, faut-il faire disparaître ce qui contribue, pour une minorité certes, à remédier à une crise ou s’en inspirer pour la majorité ? ». Une à deux heures de français ou de philosophie par semaine dans les classes prépa scientifiques, c’est cela le fort contenu pluridisciplinaire ? Il prévient que si un éventuel rapprochement des classes préparatoires et des universités avait lieu comme certains le souhaitent : « il faudrait veiller à ce qu’il ne s’apparente pas à une simple annexion, voire pis, à une dilution des « prépas » dans les universités ». Et sans état d’âme prétend que « c‘est bien le modèle des « prépas » qui pourrait sauver aujourd’hui le premier cycle universitaire et non l’inverse ».

Mais François Dubet nous ramène à la réalité, Lire la suite »

Londres, Georges Wilson et Pierre Vaneck

fév 12

Londres, Georges Wilson et Pierre Vaneck

Mon dernier blog était signé de Londres, en effet j’y représentais les trois universités de « La Sorbonne » à un séminaire franco-britannique organisé par l’ambassade de France et pompeusement intitulé : « les partenariats franco-britanniques : The next chapter » (voir le programme). Ce séminaire devait traiter de la coopération universitaire entre les deux pays.

Départ la veille en Eurostar sans problème à 13 heures, le salon VIP n’est pas plus désagréable que celui d’Air France à Roissy et, contrairement à celui de Riyad, on peu s’y « taper » un « bloody mary » du feu d’Allah. En sirotant mon drink je prends connaissance de la dernière liste des participants. Arrivée à King’s Cross Saint Pancrass et en route pour « la mare aux  grenouilles » puisque le Gainsborough Hôtel où je dois passer la nuit est situé en plein cœur du quartier français près du lycée français et de l’institut français du Royaume-Uni. Sur sa route, l’« underground » frôle Russell square, l’une des cibles des attentats du 7 juillet 2005, Olborn où vécut Charles Dickens, Covent garden, Picadilly circus, les 140 hectares de Hyde park et le luxe tapageur de Knightsbridge. L’hôtel anglais de caractère a un charme désuet, plafond haut, lourdes tentures et baignoire comme jadis qui me rappelle celle de la villa Wintrebert à Banyuls, placage en or des plomberies en moins. Décidément, la perfide Albion n’est plus ce qu’elle était.

Je devais intervenir dans une table ronde sur les coopérations de recherche (vingt minutes de power-point puis débat). On annonçait des universités anglaises prestigieuses et la fine fleur du système à la française, le président de la CPU en vedette américaine et la directrice de l’Ecole normale supérieure qui devait clore la séance inaugurale. Finalement le président de la CPU s’est défilé, seuls deux présidents d’université seront présents, celui de Nantes et celui de Poitiers. Visiblement bousculé par l’enthousiasme du secteur des SHS, deux jours avant on m’informe que le power point que j’avais laborieusement préparé serait relégué au rang de simple faire valoir sur le site de l’ambassade de France à Londres (sans d’ailleurs que cela me donne droit à rémunération). Après un moment d’humeur je flanque l’essentiel de la vingtaine de slides sur un recto verso que je fais imprimer à 200 exemplaires pour les donner en pâture aux courageux assistants du séminaire. Après tout, cela me permettra une intervention plus politique pour faire prendre conscience à nos interlocuteurs des enjeux des batailles qui se livrent en France pour que les universités obtiennent la même autonomie que celle dont bénéficient les universités britanniques. Je me risque à une métaphore rugbistique en l’honneur du centième anniversaire de la France dans le tournoi des cinq nations. Il serait temps en effet que la France libère vraiment ses universités du carcan bureaucratique qui les enserre. On espère ne pas attendre 60 ans, comme ce fut le cas en rugby, pour que la France applique les règles non écrites de « l’international board » de l’Education supérieure et de la recherche.

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Retour sur les racines de la crise de l’enseignement supérieur français

jan 22

Retour sur les racines de la crise de l’enseignement supérieur français

Pour pouvoir juger de la situation actuelle des universités françaises au regard de la mise en place laborieuse de leur autonomie, un petit retour sur la façon dont le modèle français a fait face aux évolutions d’après guerre est nécessaire.

Dans mon livre[1]  j’ai rappelé que plusieurs intellectuels, qui s’étaient retrouvés dans la lutte contre l’occupant nazi et qui avaient participé à l’élaboration du programme national de la Résistance, pensaient, comme l’avait si bien exprimé Marc Bloch, que la défaite était d’abord la conséquence de la faillite des élites et qu’en toute logique il fallait repenser complètement l’organisation universitaire. Mais dans les faits, la remise en route de l’économie, le refus de revenir au modèle Humboldtien qui met en symbiose l’enseignement supérieur et la recherche au sein des universités, l’embourbement de la France dans deux conflits post-coloniaux alors que la Grande Bretagne mettait progressivement en place une politique de repli de son empire colonial, firent que l’intelligentsia française maintint ses certitudes d’avant guerre et que  l’enseignement supérieur repris son train-train. Au demeurant d’ailleurs, l’emprise de l’administration de la rue de Grenelle et le poids de l’enseignement primaire et secondaire au sein du mouvement syndical étaient tels qu’il eut fallu beaucoup de clairvoyance et de courage politique pour les affronter.

L’organisation universitaire ultra-centralisée mise en place par l’Empire et confortée par la Troisième République se perpétua à l’identique sous la Quatrième et fut incapable de faire face aux évolutions de la société. Les plus conscients des universitaires s’investirent dans les laboratoires des organismes de recherche et la recherche universitaire poursuivit son lent déclin. Mais la vie fait peu de cas des certitudes des Humains, le baby boom de l’immédiat après guerre, le développement scientifique partout dans le monde, allaient entraîner une accélération de l’industrialisation induisant évidemment une forte technicisation des tâches et un fort besoin en formation. Bref il fallait des cadres intermédiaires et des techniciens et la petite bourgeoisie ne pouvait suffire à les produire. Ceci s’est d’abord traduit, à bas bruit si je puis dire, dans les années cinquante par un formidable développement de l’enseignement secondaire et là, le modèle républicain français fonctionna a merveille, le nombre de bacheliers qui était de 27 777 à la veille de la deuxième guerre mondiale ne sera que de 33 145 en 1950 mais doublera en dix ans. Au début des années soixante, quelques démographes tentèrent d’attirer l’attention sur les tensions qui allaient résulter, pour l’enseignement supérieur, de l’inexorable démocratisation de l’accès à l’enseignement secondaire[2], en particulier quant au nombre d’enseignants du supérieur qui seraient nécessaires pour y faire face. Ils étaient 8 579 en 1961 et on estimait le besoin à 20 291 pour 1970 et ces démographes se demandaient comment le pays pourrait y arriver.

Leurs prévisions furent largement dépassées par le dynamisme et l’avidité des couches populaires pour le savoir. Au lieu des 145 000 bacheliers annoncés pour 1968 il y en eut 167 422[3]. Au lieu des 393 875 étudiants annoncés pour la rentrée 1967 ils seront 504 540, sans compter les étudiants des écoles d’ingénieur, de commerce et des ENS (55 000 environ). A la fin des années soixante, il y aura 610 000 étudiants au lieu des 455 000 prévus en 1962 ! On fut obligé de recruter à la hâte un nombre considérable d’assistants contractuels, de moniteurs et de vacataires en tous genres dont je fus. Parfois les enseignants recrutés avaient tout juste un niveau de maîtrise. Il faudra attendre dix années et l’arrivée de la gauche au pouvoir pour tenter de régler ce cancer de non titulaires à plein temps et sans perspectives d’avenir. Il est d’ailleurs éclairant de constater le manque de statistiques fiables sur ce sujet pour toutes les années soixante et soixante dix. Le planificateur avait prévu 20 291 emplois dans le supérieur pour 1970, ils seront 32 600 dont un bon tiers dans des situations précaires et sous-payés. Mais si l’on rapporte cette progression à celle des effectifs étudiants on est loin du compte et si jusqu’en 1960 les emplois d’enseignants ont crû à peu près au même rythme que les effectifs étudiants ce fut loin d’être le cas pour la décennie suivante.

Graphique étudiants enseignants

Après la croissance exponentielle des années soixante, la progression va se poursuivre au sein des universités mais à un rythme moins frénétique jusqu’en 1980 (800 000 étudiants). Puis l’ascension reprit progressivement jusqu’en 1990 et enfin à un rythme accéléré pour atteindre son acmé en 1995 avant que se manifeste un phénomène de reflux avec la reprise économique. S’il est assez aisé de pister les populations étudiantes, il est fort difficile d’avoir une approche objective sur les moyens alloués aux universités pour y faire face. Les quelques chiffres vérifiables montrent cependant que le budget universitaire suivit à peu près la courbe des accroissements d’effectifs étudiants jusqu’à la fin des années quatre-vingt dix. Mais pour le moins aucun effort financier supplémentaire ne fut dégagé et les constructions universitaires ne suivirent pas. Lire la suite »

Le pacte pour la recherche, une escroquerie intellectuelle

jan 15

Le pacte pour la recherche

Au cours de l’année 2004, le monde universitaire fut secoué par une crise qui allait pour la première fois depuis 1968 remettre l’université au cœur des débats politiques du pays. La crise de la recherche en France n’était pas comme certains ont voulu le faire croire à l’époque une crise conjoncturelle liée à l’amputation drastique des crédits du CNRS , puis à celle de certains laboratoires de l’INSERM. Certes, de très nombreux directeurs d’unités de recherche de l’UPMC m’avaient fait part des difficultés qui allaient résulter pour eux des annulations budgétaires imposées au CNRS et à l’INSERM. En réalité elle était d’abord la conséquence de l’évolution induite par la mise en place de règles budgétaires strictes dans les universités résultant de la contractualisation de leurs ressources de fonctionnement. Depuis le début des années 2000 en effet, les universités avaient été mises dans l’obligation d’adopter dès le mois de décembre leur budget pour l’année suivante, et d’ouvrir les crédits afférents au début du mois de janvier. Cette mécanique avait une conséquence, l’obligation pour l’université de transférer dans le fond de roulement les crédits de fonctionnement non consommés pour les transformer en crédits d’investissement. Dans ce contexte, les directeurs des unités de recherche, craignant de perdre leurs crédits dépensaient d’abord les crédits provenant de l’université car le CNRS et l’INSERM disposaient d’une procédure de report systématique des crédits et constituaient en quelque sorte une banque de dépôts pour eux. Ceci permettait en outre aux organismes d’avoir un impressionnant fond de roulement dont ils se servaient pour faire du dumping par rapport aux universités (faiblesse des prélèvements sur les contrats dont ils avaient la gestion, provisions permettant de gérer sans trop de pression les emplois précaires).

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