Notes de la catégorie ‘Opinions’

Un mois de juin qui a bien commencé !

juin 14

Le pays, faute de discuter sur le fond de ce que pourrait être une alternative au Sarkozysme dans le cadre d’un monde rendu plus ouvert par les progrès scientifiques et techniques s’enlise dans la médiocrité. Nos journaleux sont réduits à puiser sur la toile leurs sujets d’articles en ce printemps pourri. Une des grandes universités parisiennes laisse fuiter via le « Canard enchaîné » une information partielle concernant un ancien ministre. Oubliant d’ailleurs qu’il a bien fallu que le président de l’université en question donne son accord et saisisse son conseil d’administration lorsqu’à l’issue de sa fonction ministérielle il a été mis à la disposition d’une autre institution publique pour y accomplir quelques menues fonctions en toute quiétude. Dès lors que cette mise à disposition prenait fin, et constatant que le service d’enseignement n’était point assuré malgré des relances effectuées dans les formes légales, le président de l’université avait tous pouvoirs pour faire avaliser par son conseil d’administration la suspension du traitement. Or il ne l’a pas fait. S’est-il déchargé à bon compte sur un hebdomadaire spécialisé d’une délation qu’il ne désirait pas assumer ? Je n’aime pas Monsieur Luc Ferry car, de mon point de vue, être philosophe n’autorise ni le persiflage ni des pratiques que ma morale réprouve. Mais le procédé utilisé à son encontre n’est guère plus élégant que le ministre qui se fait l’écho des poubelles marocaines. D’autant plus que dans le même temps le président de cette université refuse de payer les dettes qu’il a envers l’UPMC.

Ce dossier est d’ailleurs traité de manière partiale par l’actuelle ministre et par les médias. Si nous avions une ministre de l’enseignement supérieur digne de ce nom, elle aurait pu se saisir de cet incident pour ouvrir le dossier des cumuls et des décharges de service qui sont, n’en déplaise aux syndicats, légions et appauvrissent les universités autonomes. Au lieu de cela le gouvernement propose de rembourser le salaire net de monsieur Ferry à l’université mais quid des versements sociaux qui devront toujours être prélevés sur sa masse salariale ? Et pourquoi ne règle-t-il pas la facture due par cette université à l’UPMC ? C’est d’ailleurs une pratique que l’INRIA, le CNRS et l’INSERM pratiquent depuis de nombreuses années. Si nous avions des médias dignes de ce nom ils s’interrogeraient aussi sur la pertinence d’autres pratiques tout aussi légales comme le cumul de certains députés avec des rémunérations liées à leurs fonctions antérieures. Pourquoi ne vont-ils pas interroger là-dessus l’éternel donneur de leçon pour les autres, Bernard Debré ? Ils pourraient aussi s’interroger sur les établissements de la Noblesse d’Etat qui payent des prestations à des professeurs sans défrayer en quoi que ce soit les universités dont ils sont les salariés et parfois sans avoir même pris la précaution d’obtenir leur accord ! Que ne dirait-on pas si un ingénieur de chez Renault faisait des piges clandestines chez Citroën ?

Le 9 juin, Jean-Baptiste Prévost, ancien président de l’UNEF revient dans une interview à l’AEF sur ses déclarations faites lors de son départ de la direction du syndicat étudiant : Lire la suite »

Réponse à Michel Leroy sur l’autonomie universitaire

mai 30

Je n’ai pas encore lu votre livre[1] et vais m’y atteler de ce pas. Cependant, si j’en crois l’article de Philippe Jacqué paru à ce sujet dans Le Monde[2], nous sommes d’accord sur quelques points. D’abord le mouvement fondateur de l’autonomie universitaire est bien mai 68 n’en déplaise à la droite. Je finissais à cette époque mes études de médecine et je me rappelle fort bien le bouillonnement, parfois erratique, qui a présidé au décès des facultés et à la création des nouvelles universités. Je suis également d’accord sur le fait que l’autonomie universitaire clive à travers toutes les sensibilités politiques. Mais je ne suis pas d’accord avec Philippe Jacqué[3] selon lequel la démarcation à gauche est entre le courant social-démocrate classique et l’autre beaucoup plus à gauche.

Pour aller de l’avant je considère, comme Louis Vogel que l’autonomie n’est rien sans les moyens :

1° Il faut que cesse immédiatement le contrôle tatillon à priori que la haute administration de la rue de Grenelle et de Bercy qui, aujourd’hui plus encore qu’hier, entrave les initiatives universitaires.

2° Les universités doivent être pleinement gestionnaires de leurs finances et ne plus être soumises à l’obligation de faire gérer l’argent de leurs salaires par le trésor public. Le capital non consomptible des opérations du grand emprunt comme du plan campus doit être transféré dans les fondations que les universités ou leurs regroupements ont créés.

3° L’esprit de la loi LRU doit être respecté en revenant à une contractualisation financière incluant la masse salariale négociée entre l’Etat et les Universités autonomes avec sécurisation des crédits pendant la durée du contrat (5 ans) contrairement à ce qui à été fait en 2008/2009. Il faut donc mettre fin à l’annualisation budgétaire et à tous les systèmes, SYMPA ou pas, incapables de prendre en compte la diversité des situations.

4° Les universités doivent être libres de contractualiser avec d’autres partenaires publics (Régions, Villes, Organismes de recherche, CROUS) ou privés (fondations, entreprises).

5° La dévolution des biens immobiliers doit être immédiate Lire la suite »

La Noblesse d’Etat dans tous ses émois

mai 03

Le président de la fondation ParisTech, lors d’une cérémonie organisée par sa fondation à la chambre de commerce et d’industrie de Paris en l’honneur de ses entreprises partenaires a lâché le morceau : « Il ne s’agit pas de faire de ParisTech un bunker, replié sur son passé. Mais il s’agit de reconnaître que nous avons un peu plus en commun ensemble qu’avec les autres »[1]. Cet X-Mines ingénieur du corps des mines, emblématique de cette Noblesse d’Etat, a occupé diverses fonctions au ministère de l’industrie jusqu’en 1983. Puis il devient PDG de Thomson-CSF, puis de Thalès produit du mariage de Thomson avec Dassault Électronique qu’il quittera en 2008. Il exprime en fait ce que l’actuel président de Paris-Tech dévoilait récemment : « Une décision forte a été prise, à l’unanimité du conseil d’administration, d’aller vers une intégration accélérée des huit écoles de ParisTech qui ont vocation à déménager sur le plateau de Saclay ou qui y sont déjà. Nous allons en faire le noyau dur, avec une coopération renforcée entre les huit écoles, visant une intégration physique et opérationnelle »[2]. Pour ce faire il vante les « cinq gènes identiques et fondateurs » de ParisTech que seraient :

-    la qualité du recrutement avec une sélection très élevée (évidemment avec des sergents recruteurs dans les lycées)
-    la pluridisciplinarité (mais limitée aux sciences et aux technologies)
-    la gouvernance car c’est le directeur qui dirige (sous le contrôle du monde économique)
-    les anciens (comprenez les lobbys des écoles)
-    l’intensité du rapport avec les entreprises (comprenez le pré recrutement par le CAC 40)

Ces fortes paroles cachent mal l’exaspération de cette Noblesse d’Etat par la perception de plus en répandue de l’impasse absolue du système dualiste et discriminatoire français. Juan Branco, président du groupe de réflexion Jeune République, vient opportunément de rappeler qu’à l’Ecole normale supérieure il existe une discrimination de fait entre les « élèves » issus du concours qui peuvent seuls se prévaloir du titre d’anciens normaliens et les « étudiants » reçus par la voie parallèle, souvent via l’université, tout aussi brillants que les précédents et qui ne le peuvent pas. « Moins d’une dizaine de chambres sont réservées à ces derniers à titre exceptionnel contre le millier dont bénéficient les « élèves » tout au long de leur scolarité »[3]. D’autres que moi ont souligné « l’inbreeding » des conseils d’administration des sociétés du CAC 40 et des grands corps de l’Etat avec la dizaine de grandes écoles qui tiennent le haut du pavé. Michel Mortier n’a pas tord de dire que : « le problème des grandes écoles est davantage celui des grands corps de l’État, qui est un modèle dépassé et malsain car il fabrique des rentes de situation à vie ». Mais, ajoute t-il, « les élèves de Chimie ParisTech, eux, n’ont aucun filet de sécurité »[4]. Car il y a écoles et écoles à ParisTech comme il y a élèves et étudiants à l’ENS. Michel Mortier n’a pas la reconnaissance facile, Lire la suite »

Les Copains et les Coquins

avr 22

Décidément la bonne fée qui préside aux destinées de l’enseignement supérieur français est pressée. Mais elle n’est pas pressée pour tout le monde.

Le gagnant du jour est l’université d’Auvergne (médecine, droit, sciences économiques, et IUT). En déplacement pré-électoral, Valérie Pécresse rappelle, selon l’AEF, « que l’université d’Auvergne a bénéficié depuis 2007 « d’un effort sans précédent », de plus de 15,5 millions d’euros avec le plan de relance, auxquels s’ajoutent 13 millions d’euros au titre du CPER 2007-2013, afin d’achever les travaux de mise en sécurité et l’accessibilité de ses locaux, qui constituent « un préalable » au transfert de l’immobilier. L’université bénéficiera en outre « d’une partie des 30 millions d’euros alloués au projet clermontois dans le cadre de l’opération campus », le projet bénéficiant du label « campus prometteur ». Cette université recevra de plus, selon son président, 6,1 millions d’euros par an, somme révisable tous les cinq ans, pour  l’entretien de ses bâtiments. Rappelons que cette université qui n’apparait dans aucun classement fut naguère dirigée par Gaston Meyniel, Gourou du Syndicat Autonome des Enseignants de Médecine. Sa voisine qui s’occupe des sciences et des humanités et qui a décroché deux des trois « labex » du PRES attendra. Erreur au combien stratégique de sa direction. Toulouse 1 Capitole dont on sait qu’elle a eu quelques déboires avec le grand emprunt sera bientôt dotée à son tour et l’université de Poitiers recevra son lot de consolation. Comme quoi Valérie n’est pas rancunière.

En Ile de France la bonne Fée vole au sommet de la Noblesse d’Etat. D’abord elle envoie la gens policière nettoyer l’Ecole anormale de la rue d’Ulm des douze clampins qui bloquaient le bureau de la Grande Prêtresse. Il faut dire que ça faisait désordre à Paris Sciences et Lettres lauréat d’une « Idex » pour le moins la gouvernance flotte ! Il faut dire aussi que les étudiants de SUD ont moins d’éducation que leurs grands aînés staliniens ou trotskystes et encore moins de formation philosophico-politique. Au moins, eux, n’ont-ils pas craché l’« Idex » de l’ENS. Ils sont mûrs pour le Poujado-bolchevisme. Je comprends mieux pourquoi je sens maintenant poindre des réticences à l’UPMC et à la Sorbonne pour s’embringuer dans une galère avec eux. Lire la suite »

Des gauchos au secours de la Noblesse d’état

avr 11

« Élaboré en catimini, sans concertation réelle de la communauté universitaire, [le projet d'idex de Sorbonne Universités] favorise non pas l’excellence, mais l’élitisme et la création d’une université à deux vitesses… Nous appelons le ministère à faire machine arrière et à ne pas sélectionner un projet qui comprend une restructuration grave de l’offre de formation autour d’une vision archaïque et élitiste de l’université. »

déclarent les responsables de l’Unef de l’université Panthéon Assas – Paris 2, l’université Paris Sorbonne et de l’UPMC, dans un communiqué mardi 5 avril 2011[1].

Libre à trois zozos ultra-minoritaires dans les établissements de Sorbonne Universités de se tirer une balle dans le pied. Mais de là à tirer une balle dans le dos de leurs universités et de leurs condisciples pour détruire un projet qui propose :

-    d’augmenter les possibilités de logement étudiant, la création de lieux d’études et de convivialité, la mutualisation des initiatives de promotion de la santé, des pratiques sportives et culturelles et particulier :

-    le Quartier des Humanités rue Champollion avec des installations accueillantes, poly-usages, et modernes (une cafétéria, un espace de vie prenant en compte tous les aspects du quotidien étudiant)

-    un réseau de ressources pédagogiques, véritables lieux de vie étudiante et de rénovation pédagogique, associant bibliothèques, laboratoires d’application des nouvelles technologies, espaces de travail individuels et collectifs, ces premiers Learning centers seront mis en place sur les sites d’Assas (6 000 m2) puis de Jussieu (10 000 m2) et de Molitor (2 700 m2).

Il faut avoir le sectarisme et l’inconscience de jeunes bourgeois qui n’ont rien compris à ce qui se joue en ce moment. Lire la suite »