avr 04

Les résultats des jurys des appels à proposition pour les laboratoires d’excellence, les initiatives d’excellence et des instituts hospitalo-universitaires ont mis la communauté universitaire en émoi. On peut évidemment comprendre les réactions de ceux qui, comme Philippe Jamet, pensent que l’aménagement du territoire en matière de recherche des petites et moyennes universités n’y trouve pas leur compte. On est abasourdi par le germanopratin qui déclare à propos de l’échec de son projet d’Idex : « Bien entendu, cette élimination ne se fonde pas sur des critères ‘d’excellence’ puisque, selon eux, nous sommes sans conteste parmi les sept meilleurs ensembles de France [en nombre de projets sélectionnés]. Je ne peux donc que déplorer l’élimination à une phase de présélection d’un projet sur d’autres critères que le mérite en matière d’enseignement supérieur et de recherche. » Le directeur du PRES Paris Cité est lui plus modeste et considère que : « Au-delà de la déception partagée par tous ceux qui ont beaucoup travaillé sur ce projet d’Idex, il convient de comprendre les raisons qui ont conduit le jury à ne pas retenir notre projet. Nous attendons de recevoir la note de commentaires promise à tous les projets candidats ». L’autre rigolo qui préside le siamois chétif a pondu une déclaration encore plus brutale, mais après les réactions qu’elle a provoquées, on ne la trouve plus sur le lien du blogueur Dubois. Lequel Dubois a eu d’ailleurs une réaction curieuse à ce palmarès. Il semble s’offusquer de l’absence de Paris Cité au lieu de Sorbonne Université « Paris Cité (universités Paris 3, 5, 7, 13) et Sorbonne Université (Universités Paris 2, 4, 6). L’Idex Open Science (Paris Cité) est battu sur le fil par SUPER (Sorbonne Université). Absurde ! » Certes on peut reprocher aux seconds de n’avoir pas, a contrario des premiers, embouché les trompettes de la renommée mais contrairement à ce qu’il avance il n’y a pas photo. Paris Cité annonce à l’AEF « qu’il porte sept projets [de labex] retenus et est associé à onze autres laboratoires lauréats, soit l’un des plus gros, sinon le plus gros ensemble de laboratoires d’excellence en France… Par ailleurs, il est associé à deux cohortes, à trois équipes et a remporté la labellisation d’un IHU ». Le président du sénat de Sorbonne Université annonce : « SU porte 10 labex, est partenaire dans 9 autres, a obtenu 2 IHU, est associé à 5 équipements d’excellence et l’UPMC est associée à 5 autres, porte 2 cohortes, une infrastructure en biologie santé et est associé à un projet retenu en bio-ressources. » Curieusement Dubois ne s’épanche pas sur la fée de la Montagne. L’aurait-elle envouté ? N’a-t-il pas remarqué qu’à Paris c’est elle qui a le plus profité de la magouille de rattrapage sur les Labex ? Compte tenu des équilibres nationaux et puisque l’Ile de France représente 40% des forces nationales de recherche, il n’aurait pas été scandaleux que les PRES franciliens obtiennent 3 des 7 Idex présélectionnés, comme ils ont obtenu 3 des 7 IHU. C’est donc bien un échec pour les universités d’Ile de France.
Essayons de voir les choses autrement. Il a toujours été dans l’ambition de l’UPMC d’œuvrer pour la renaissance d’une université globale à Paris. En réalité il y en avait déjà une, l’université Denis Diderot. Lire la suite »
mar 18

Ce qui est une version célinienne de la pédagogie de la répétition pourrait bien s’appliquer au débat en cours sur les formations supérieures immédiatement post-baccalauréat. Trois de mes derniers articles, Errare humanum est, Je suis X-Mines mais je me suis soigné… et Paroles paroles paroles, ont déclenché une petite flambée d’un prurit printanier d’autant plus désordonné que chacun n’y voulait voir qu’à sa porte. Je vais donc y revenir aujourd’hui.
Je voudrais d’abord dire à Rémy que je sais parfaitement ce que sont les trois écoles que Patrick Mehr, l’X-Mines qui s’est soigné, a cité et que j’ai repris dans mon article. La mission de l’ENA est peut-être de former les hauts fonctionnaires, mais elle sert surtout à les formater à la sauce de la bureaucratie française et à atténuer toute différence entre eux qui pourrait résulter de leur histoire politique antérieure[1]. Quand à l’ENS[2] ce n’est nullement un institut de recherche mais une école destinée à former les enseignants agrégés des lycées, sauf qu’ils ne veulent plus y aller et pensent avoir droit à des positions sans réelle compétition au sein de l’Etat et des universités. Il se fait certes un peu de recherche à l’ENS mais sans les universités de Paris (Paris Sorbonne, Paris Diderot, Paris Descartes et surtout Pierre et Marie Curie), elle n’existerait plus. C’est d’ailleurs ce qui rend furax l’agitée de la MSG. Quant aux polytechniciens chômeurs dont il fut, c’est quand même une rareté, au pire ils trouvent aisément une place dans les universités ou les organismes de recherche qui sont les bonnes filles de la république dont ils sont les seigneurs[3]. Mais malgré leurs différences ces trois écoles constituent de fait le mirage que l’on fait miroiter aux élèves comme l’aboutissement, le nec plus ultra du système méritocratique à la française seule justification des classes préparatoires. En outre il est patent, comme le rappelle Professore, que « le culte des grandes écoles se combine avec la norme selon laquelle les élites sont parisiennes, la province ne comptant que des notables » et, comme je le démontrais dans mon article du 27 août 2010, une quinzaine de classes préparatoires, dont 10 à Paris où en proche banlieue chic, remplissent 53,6% des places dans les 27 premières grandes écoles. Mais dans mon article du 28 septembre 2009, je rappelais que « si l’on considère combien d’étudiants provenant des classes préparatoires du Nord Pas-de-Calais intègrent l’une des grandes écoles nationales citées en référence, pour l’année 2008 on en trouve 17 provenant des classes préparatoires scientifiques et 2 provenant des classes préparatoires littéraires, soit moins de 1% de l’effectif total. Il y a bien tromperie sur la marchandise. Naturellement, je ne suis pas naïf et je comprends bien que certains des enfants des cadres supérieurs et de la haute bourgeoise du Nord Pas-de-Calais ont déjà quitté le cocon familial et sont au chaud dans des classes préparatoires plus huppées pour rejoindre le vivier de la noblesse d’Etat ».
Résumons vos remarques : Lire la suite »
mar 07

L’effet papillon de Twister est à l’œuvre, partout la jeunesse fait craquer les certitudes. Partout ? Oui sauf dans la couche moyenne de certains pays développés, dont la France, saisie par la tentation de Venise, le « soul blindness », qui refuse de voir que le monde turbule. Dans la mythologie grecque, le chaos désigne la situation primordiale d’où est surgi l’univers. Le chaos c’est également une région géologique particulièrement désordonnée dégagée par l’érosion. Et pour les mathématiciens c’est un phénomène fondamental d’instabilité dont l’évolution n’est pas prédictible déjà décrit par le grand Poincaré sous le vocable de « sensibilité aux conditions initiales ». On peut donc dire que le monde actuel est en plein chaos, chaos du climat, chaos de l’économie, chaos de la démographie, chaos de l’internet, chaos du religieux. Partout les jeunes éduqués réclament ce qu’ils estiment être leur dû et de ce fait contaminent ceux qui, dans les faubourgs surpeuplés du non droit, le sont moins. La notion de liberté du travail si chère au patronat craque de partout car c’est le droit au travail, le droit à une vie décente qui prend corps et nul ne peut dire ce qu’il adviendra si nos sociétés sont incapables d’y faire face.
Ce jour anniversaire où le 7 mars 161, l’empereur Marc Aurèle, qui fut aussi un guerrier furieux qui persécuta les chrétiens mais surpassa tous les empereurs par la pureté de ses mœurs, accédait au pouvoir ; où les marins de Kronstadt, le 7 mars 1921, se portaient aux avant-gardes de la révolution bolchevick dont on sait ce qu’elle est advenue ; on ne peut ignorer que des situations dites révolutionnaires, où le pire côtoie souvent le meilleur, se déroulent dans le monde arabe.
La valse des maroquins qui se manifeste ces derniers mois montre que le chaos est aussi à l’œuvre chez nous. De ce point de vue on est tenté de dire que la révolution sarkozienne tourne en eau de boudin. La même année où pour renflouer à minima la cagnotte de la retraite des vieux, le notaire à la triste figure qui squatte Matignon met à contribution la plèbe. Dans le même temps il exonère de 2 milliard d’euros les malheureux puissants sous les applaudissements haineux de la vieille peau, Lire la suite »
fév 28

Certains se sont interrogés sur les raisons de mon silence sur le pôle de recherche et d’enseignement supérieur Sorbonne Universités depuis la dissolution de Paris Universitas cet été. Certes ma toute nouvelle position de conseiller du président de Sorbonne Universités qui, contre toute attente, vient d’être élu à la présidence de la conférence des présidents d’université me dictait, sinon de la réserve, du moins une certaine prudence. Elle n’est plus de mise aujourd’hui.
Remarquons en premier lieu que Sorbonne Universités a le triomphe modeste. Face à l’hostilité de la ministre et de ses conseillers qui voulaient lui imposer un statut d’Etablissement public à la Goulard, elle a su faire accepter celui de fondation de coopération scientifique (FCS), plus souple et permettant de mieux avancer vers la constitution d’une université confédérale : « Sorbonne Universités ». Remarquons en second lieu que beaucoup de PRES ayant opté pour le statut d’établissement public se sont résolus eux aussi à créer des FCS pour recevoir les putatifs crédits du grand emprunt et du plan campus. De même, la notion d’université confédérale, mise en avant pour la première fois par Louis Vogel, dès 2008 commence à s’imposer à tous ceux qui voient bien que les fusions brutales constituent un risque majeur de perte de contrôle académique et de renforcement de la bureaucratie sans gain financier et organisationnel majeur. Le concept de double licence que j’avais lancé dès 2005 avec Richard Descoing est maintenant repris par la ministre elle-même, mais avec la différence sensible que, si le nôtre est exigeant, rien n’indique que le sien ne le soit puisque son problème reste avant tout la protection des filières élitistes. D’ores et déjà, l’ensemble des promotions de doubles cursus exigeants du collège de Sorbonne Université dépasse les 200 étudiants et devrait progresser encore. Lire la suite »
fév 21

La France devrait cesser de persévérer dans l’erreur. Deux études viennent de démontrer que les deux filières les plus socialement déterminées étaient les études d’ingénieurs et les études médicales. C’est à un point tel qu’un recul historique s’est produit ces trente dernières années quant à l’origine sociale de leurs étudiants. On en est revenu aux années soixante. Certes les élèves les plus performants (les meilleurs ?) s’y retrouvent-ils, mais le retour sur investissement laisse pour le moins à désirer. Les déserts médicaux avancent sur le territoire alors que le gouvernement se refuse, les élections approchant, à toute mesure coercitive vis-à-vis des médecins. L’inefficacité des ingénieurs en matière de création de jeunes entreprises innovantes est pointée du doigt. La recherche développée dans les grandes entreprises est poussive malgré des effectifs importants et une perfusion financière via le crédit d’impôts pour la recherche que beaucoup nous envient en Europe. La France est parmi les grands pays développés celui où les entreprises investissement le moins sur leurs fonds propres dans la recherche comme le montre l’étude comparative des investissements en recherche et développement de la France et de l’Allemagne. De plus, elles sont rétives à investir dans la recherche universitaire et elles le resteront tant que l’Etat ne les obligera pas à dépenser leurs crédits d’impôts recherche en collaboration avec les universités.
Les causes sont multiples mais le péché originel de ces deux filières réside d’abord dans leurs modalités de sélection. Que ce soient les classes préparatoires ou la première année commune aux professions de santé (entendez par là les professions nobles de santé) le biais social créé par la part considérable des colles privées qui doublonnent l’enseignement officiel a fait son œuvre. Les étudiants qui vont dans ces filières estiment qu’ils ont par leur mérite acquis le sésame leur permettant d’avoir une position sociale lucrative. De ce point de vue, il est clair que l’investissement dans un cabinet de médecine générale hors des grandes villes ou dans des banlieues difficiles ne les intéresse pas. Il est non moins clair qu’un jeune ingénieur qui se lance dans la création d’une jeune entreprise innovante ne peut espérer immédiatement avoir le même revenu que ceux qui pantouflent dans les grandes entreprises, Lire la suite »